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Café littéraire de Lambersart !

« Le corps de ma mère », Prix des Cinq Continents 2016

product_9782072669774_195x320Le Prix des Cinq Continents émane de l’Organisation internationale de la Francophonie (clic). L’édition de 2016 est déjà la 15e et elle récompense Fawzia Zouari, journaliste et écrivaine d’origine tunisienne vivant à Paris depuis fort longtemps, pour son roman intime Le corps de ma mère, publié par Joëlle Losfeld (Gallimard). Les articles de l’OIF sont toujours très sobres ; on ne saura pas pourquoi ce live a été choisi.

Mais on peut tenter le coup en lisant un extrait !


J’en profite pour rappeler que le Café littéraire de Lambersart se réunit ce jeudi 8 décembre 2016 pour discuter des récents prix littéraires (consultez la rubrique Autour du livre pour faire ou refaire un petit tour d’horizon des principaux prix 2016). Pour participer, il suffit de venir au 210 (210 rue de Lompret à Lambersart) un petit peu avant 18 heures, de prendre une boisson au bar et de vous diriger vers la salle du fond.

Cathcaf.


« Dans le jardin de l’ogre »

Par François Lechat

Leïla Slimani, Dans le jardin de l’ogre, Gallimard, « Folio », 2016

product_9782070468188_195x320Le premier roman du prix Goncourt 2016, Leïla Slimani, est disponible en édition de poche, et se retrouve en bonne place dans les librairies. Pour qui, comme moi, le lit après Chanson douce, il contient toutes les promesses qui justifient ce Goncourt. On y trouve déjà cette écriture formidablement serrée, élégante, incisive, qui nous fait participer avec finesse à tous les états d’âme de son héroïne sans pour autant verser dans la psychologie ou dans l’explication. Dans le jardin de l’ogre est moins impressionnant, sans doute, parce que les personnages restent abordés sous l’angle de l’intime, sans nous faire sentir toute l’épaisseur des structures sociales et des mentalités qui jouent un si grand rôle dans Chanson douce. Mais l’histoire est forte, audacieuse même, puisque centrée sur une femme mariée, mère de famille et nymphomane, qui multiplie les hommes et prend le risque de se détruire parce qu’elle ne supporte pas la médiocrité du quotidien – une sorte de Madame Bovary trash, et sans l’excuse de l’influence de mauvaises lectures. Ce premier roman est une réussite d’autant plus remarquable que l’auteure dit tout sans être jamais vulgaire.


« Snjor »

Par Agnès Huynh

Snjor, Ragnar Jónasson, La Martinière, 2016.

131349_couverture_hres_0Comme j’ai un faible pour la littérature « nordique », je me suis laissée tenter.

Bon, j’ai un peu été déçue par ce polar islandais que j’ai trouvé un peu alambiqué.

En bref, un jeune flic décide de quitter la capitale pour un premier poste dans le nord du pays, une ville perdue sous les neiges du Pôle nord. Une ville de province où chacun connaît les secrets inavouables de l’autre. Habituellement, il ne se passe jamais rien dans ce bled. Mais bien sûr l’arrivée de notre jeune policier coïncidera avec la chute mortelle d’un célèbre écrivain dans un escalier et le corps d’une femme en partie dénudée retrouvé dans la neige. Deux affaires qui vont mobiliser notre héros qui a quelques difficultés à s’adapter à son nouvel environnement professionnel et géographique. Sans oublier une histoire de cœur en toile de fond.

Le dénouement de cette affaire est un peu trop compliqué à mon goût. Par contre, j’ai adoré les descriptions des lieux et j’ai senti la bise du Nord souffler dans mes oreilles. Les paysages emmitouflés de neige sont presque visibles, au point d’avoir envie de se lever pour regarder par la fenêtre. Cette déferlante hivernale, loin de me paralyser, m’a donné envie de découvrir ce pays en plein hiver.


« De beaux jours à venir »

Par François Lechat

Megan Kruse, De beaux jours à venir, Denoël, 2016

product_9782207132890_195x320Un roman américain comme on les aime : précis, concis, attentif aux détails, enraciné dans la nature et dans la vie. L’histoire d’une famille qui éclate par la faute d’un père violent, dont l’épouse finit par fuir avec ses enfants mais qui va se disperser plus encore car il n’est pas facile, pour un fils, de renier son père. Un beau roman sur les liens familiaux, ceux qui nous font vivre et ceux qui nous détruisent, ceux qui persistent malgré l’absence. Les figures dominantes, ici, sont le frère aîné, homosexuel assumé mais torturé, et sa sœur à qui le rattache un lien profond, le seul personnage à parler à la première personne et sans doute le plus touchant. La mère occupe également une place centrale, mais différente : elle ne compte pas à ses propres yeux, elle a tout donné et elle donne encore tout à ses proches, elle est mère avant d’être femme, elle assume, jusqu’à un très beau final. Pour une fois, l’éclatement du récit entre plusieurs voix et plusieurs époques (une manie du roman contemporain) se justifie pleinement, ajoutant à l’intrigue une touche de mélancolie. Une réussite, un premier roman longuement mûri, joliment ciselé.


Coup de coeur pour « Repose-toi sur moi »

Par Annie-France Belaval

Repose-toi sur moi, de Serge Joncour, Flammarion (2016), Prix Interallié 2016

Aurore est styliste et a sa propre marque ; gérante de sa boite ; épouse de Richard, américain beau, riche, intelligent, doué en affaires ; mère de jumeaux , Iris et Noé ; et belle-mère de Victor, ado. Ludovic a 46 ans, veuf depuis trois ans d’une Mathilde qu’il adorait ; il a quitté la vallée du Célé et sa ferme pour vivre très chichement à Paris où il est agent de recouvrement de dettes ; il vit assez replié sur lui-même, se sent « plouc » dans la capitale. Tout les sépare : milieu, culture, mais leurs appartements se font face, séparés par une cour.

9782081306639_cmDepuis peu, deux corbeaux (en fait des corneilles car il n’y a plus de corbeaux chez nous) terrorisent Aurore : la cour boisée qui était son havre de paix devient son cauchemar. Leur première rencontre est plutôt conflictuelle et il y est question des volatiles… Peu après Aurore trouve un bouquet de plumes noires entouré d’un ruban dans sa boite aux lettres. Elle veut remercier ce voisin tout en se demandant comment il a tué les oiseaux. Le hasard veut que Ludovic intervienne pour limiter les dégâts occasionnés par la chute d’un cumulus chez Aurore.

Une histoire d’amour bouleversante et pleine de délicatesse, compliquée aussi, commence. Aurore se confie à Ludovic et à lui seul : elle s’est fait berner par son associé Fabian et le distributeur de ses produits Kobzham. Ludovic veut intervenir… L’amour et les affaires vont se mêler… Les amants doutent parfois l’un de l’autre, se sentant piégés.

Ce n’est pas un roman policier mais le lecteur est tenu en haleine jusqu’à la fin ; Aurore et Ludovic provoquent la sympathie ; leur psychologie est très fouillée (ce qui n’est pas le cas des personnages secondaires).

Un très bon moment de lecture.


« The ghost writer, l’homme de l’ombre »

Par Catherine Chahnazarian

Robert Harris, The Ghost Writer, l’homme de l’ombre, Pocket, 2011.

Mon frère m’avait tendu le roman qu’il venait de finir : « Ça , c’est bien, avait-il dit, c’est vraiment bien. Et j’en ai lu un autre du même auteur qui est encore mieux. Je n’aurais jamais cru que le sujet m’aurait intéressé mais une fois que j’ai commencé à le lire, je n’ai pas pu le lâcher. » Il parlait de Conclave, qui n’est pas encore sorti en français, et venait de finir The Ghost Writer, L’homme de l’ombre.

9782266183536J’ai donc commencé The Ghost Writer puisqu’il me l’avait tendu et je ne l’ai pas regretté. C’est l’histoire d’un « nègre », un écrivain de l’ombre qui rédige pour elles les mémoires de personnalités célèbres. Son agent lui confie une nouvelle mission : il s’agit des mémoires d’un ancien Premier Ministre anglais qui vient de perdre son nègre habituel, mort noyé quelque part aux Etats-Unis…

C’est prenant, subtil juste comme il faut, bien fichu ; une de ces histoires desquelles l’auteur s’efface pour vous plonger dans l’aventure, tout simplement ; parce que le style est fluide et que tout s’enchaîne chronologiquement. Ce bon vieux truc du récit chronologique ! Et comme ce n’est pas que le récit d’une aventure mais aussi la manière dont le héros la vit, lire jusqu’au bout réserve encore du suspense même si l’on peut comprendre une certaine clé de l’énigme un peu avant la fin.

Une excellente lecture de détente !

9782266071178Alors j’attends Conclave avec impatience. Et en attendant, j’entame Fatherland avec appétit. Cette enquête policière débute en 1964, dans l’Allemagne nazie encore dirigée par Hitler – car il a gagné la 2e Guerre mondiale…

Robert Harris est donc un auteur de thrillers historiques. Trois autres de ses romans sont parus en français aux Ed. Pocket : Conspirata (2016) Imperium (2008) et Pompei (2006). Tous sont traduits par Natalie Zimmermann.

Pour en savoir plus sur l’auteur : sa bio chez Pocket ou son site officiel si vous lisez l’anglais. Robert Harris a déjà publié douze romans.


« Petit Pays »

Par Annie-France Belaval

Petit Pays, de Gaël Faye, Grasset 2016, Prix FNAC et Goncourt des lycéens

Avant, c’était le bonheur, la vie sans se l’expliquer… GF fait revivre un temps disparu où il vivait sans souci avec sa bande de copains de l’impasse… De père français, de mère rwandaise (réfugiée au Burundi après des massacres), Gaby, dix ans, a une petite sœur Ana et une correspondante française dont il se sent amoureux.

9782246857334-001-xD’abord le couple se défait… Gaby guette en vain une réconciliation qu’il souhaite vivement…

Il va y avoir des élections, les premières ! et chacun espère… Mais un coup d’état remet tout en question et les jeunes veulent partir au front… Gaby, que son père tient loin de la politique, ne comprend pas puis il écoute ce qui se dit autour de lui mais ne veut pas choisir de camp : il se savait métis mais ne connaissait pas le racisme interethnique : tutsi ou hutu, cela n’avait pas de sens pour lui ; mais les horribles massacres ont lieu au Rwanda et au Burundi ; les cousins sont tués, les parents des copains aussi et sa mère devient quasiment folle.

Emigrés en France, Ana ne veut plus entendre parler du Burundi tandis que Gaby y retourne et constate que plus rien n’est pareil. « Je n’ai pas quitté le pays, je l’ai fui… Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore. »

Ce livre est émouvant, écrit avec sincérité ce qui n’exclut pas des moments drôles (comme la circoncision racontée par les gosses…), mais il contient aussi des réflexions qui donnent à penser :

« Il a fallu des siècles et bien des conflits pour que les blancs arrivent au stade où ils en sont. Ils nous demandent aujourd’hui d’accomplir la même chose en l’espace de quelques mois. » Il s’agit de la démocratie… Comme si la démocratie existait autrement qu’en idéal dans la plupart des pays du monde…

Certains ont quitté le Rwanda «  pour échapper aux tueries, massacres, guerres, pogroms, épurations, destructions, incendies, mouches tsé-tsé, pillages, apartheids, viols, meurtres, règlements de compte… Ils avaient fui ces problèmes et en avaient rencontré de nouveaux au Burundi : pauvreté, exclusion, quotas, xénophobie, rejet, boucs émissaires, dépression, mal du pays, nostalgie. Des problèmes de réfugiés. »

Certains problèmes commencent à se poser en Europe, comme partout, hélas. « L’insécurité était devenue une sensation aussi banale que la faim, la soif ou la chaleur. La fureur et le sang côtoyaient nos gestes quotidiens. »

Il y a aussi une place importante des livres et de la lecture que Gaby découvre grâce à une vieille dame grecque de l’impasse…


« La gouvernante suédoise »

Par Agnès Huynh

La gouvernante suédoise, de Marie Sizun (Arlea, 2016)

arton1010-223f1Un secret de famille que personne ne veut évoquer, deux générations plus tard.

Livia, gouvernante embauchée au sein de la maison deviendra plus qu’une simple gouvernante pour tout le monde : à la fois mère, amie, amante…

Les relations entre l’épouse et la gouvernante sont détricotées avec une belle retenue, sans jamais sombrer dans le mélo bon marché. Avec quelle émotion l’absence de sentiments de Livia contraste avec les excès de l’épouse, dont on ne sait si elle a compris le rôle exact de cette gouvernante.

Roman subtil et mené avec habilité, l’auteur évoque le thème de l’étranger et de l’exil. Une langue claire emporte le lecteur de Stockholm à Meudon au fil de chapitres courts avec des descriptions précises.

Une bien belle histoire. Très intimiste.


« Marilou et l’assassin »

Dans le cadre de la rencontre avec René Frégni

Par Annie-France Belaval

René Frégni, Marilou et l’assassin, Ricochet-Jeunes

fregniCe livre date de 1992 et a été réédité plusieurs fois. Il est publié dans la célèbre collection Souris Noire et ici Mini souris noire de Syros. 29 p. Destiné aux lecteurs de 9 à 99 ans.

NB : ces livres [éd° Syros] me permettaient d’amener à la lecture des ados réticents ; ils sont très courts mais très pertinents. [Mais le site de Syros ne comporte plus aucune référence à Marilou et l’assassin.]

Valentin est orphelin, seul, sans travail et sans le sou. Quand son vieil avare de propriétaire vient avec violence lui réclamer le loyer et lui déchire son unique chemise, Valentin lui donne un coup avec le cendrier qu’il avait en main. Sans même s’en apercevoir, le pauvre garçon venait de tuer un homme. (L’homicide involontaire est un thème récurrent chez Frégni.)

[Si vous comptez lire le livre… Ne lisez pas la suite de cet article ! Retournez plutôt à la page d’accueil et continuez à surfer sur le blog du Café littéraire de Lambersart.]

Quelque temps plus tard, Valentin est jugé et condamné à dix ans de prison, au cachot. Il décide de se laisser mourir de faim mais il aperçoit une petite fourmi, avec laquelle il se remet à manger puis parler et tomber amoureux ! Pour se réchauffer ils dansent le rock ; il lui raconte des histoires, notamment Les Révoltés du Bounty. Les mois et les années passent, et Valentin a purgé sa peine. Il sort et emmène sa jolie fourmi au restaurant. Elle se cache sous le rebord de l’assiette mais Valentin, amoureux et inconscient veut la présenter au garçon… Devinez la fin !

Prévisible et cruelle…

Marilou est le nom qu’il donne à la fourmi… et ce qui me trouble, c’est que c’est le prénom de sa fille adorée !!


« The Girls » et « California Girls »

Par François Lechat

Emma Cline, The Girls, Quai Voltaire, 2016 et Simon Liberati, California Girls, Grasset, 2016

J’ai lu ces deux romans parus au même moment sur le même sujet, le massacre de Sharon Tate (la femme de Roman Polanski) et de ses amis sous les coups de quatre membres de la secte de Charles Manson, trois filles et un garçon, le 9 août 1969, en Californie. Deux romans basés sur des faits réels, donc, mais traités de manière strictement inverse, et donc complémentaire. 9782710376569Emma Cline, dont c’est le premier roman, ne raconte rien de la nuit fatale, rebaptise tous les personnages, atténue la brutalité des mœurs et des conditions de vie de la secte et place au cœur de son roman un personnage fictif, Evie, adolescente fragile et mal aimée qui rejoint la secte par soif de reconnaissance, d’affection, d’insertion dans un groupe. 9782246798699-001-xSimon Liberati, dont c’est le sixième livre, prend le parti inverse : il raconte tout sans fard, factuellement, dans le détail, en se focalisant sur la nuit fatale (détaillée par le menu, au risque de choquer le lecteur) et les heures qui l’encadrent. Les deux auteurs ont la même qualité, frappante : injecter de brefs éclairs de compréhension dans cette folie, Emma Cline en une phrase, Liberati en une page, ce qui prouve que rien de ce qui est inhumain ne nous est étranger. Mais, chez Cline, le récit, mené par Evie devenue adulte, est toujours délicat et souvent touchant, tant il est axé sur le mal d’amour et d’amitié et traité avec finesse (les personnages secondaires sont remarquables de précision). Liberati, lui, crée une sensation d’énergie intense et, forcément, un profond malaise tant il colle à la déchéance de ses personnages. J’ai personnellement préféré la manière de Cline, d’autant que Liberati s’est fendu d’une construction assez compliquée dans laquelle on se perd parfois. Emma Cline offre un livre très abouti, un petit joyau de littérature, là où Liberati délivre un document qui sent la vie brute, tous les états du corps et les désordres de l’esprit. Aucun risque, en tout cas, qu’ils fassent double emploi.


« Petit Pays », Goncourt des Lycéens 2016

Le Goncourt des Lycéens, c’est toute une organisation de l’Education nationale en partenariat symbolique avec l’Académie Goncourt – puisque les lycéens lisent les romans sélectionnés par elle (*) – et dans un partenariat, plus actif, avec la FNAC et le réseau Canopé. Après des délibérations en classe et des rencontres régionales élèves/auteurs, les délégués des régions  ont délibéré à Rennes, comme le veut la tradition – l’Académie de Rennes étant à l’initiative de ce prix (**).

Ce 17 novembre 2016, le lauréat est : Gaël Faye pour Petit Pays (Grasset), qui avait déjà remporté le Prix FNAC.

Plus d’info ici, par exemple.

Voir la critique d’Annie-France : ici !

Cathcaf

(*) Tous sauf deux, C. Cusset et L. Lang, anciens lauréats du Goncourt des Lycéens et qui ne peuvent donc plus le recevoir (en ceci, le Goncourt des Lycéens fonctionne comme l’Académie Goncourt).

(**) Signalons qu’il y a toujours un après-Goncourt des Lycéens en Bretagne, organisé par l’association Bruit de Lire : rencontres nationales et démarches diverses.


Coup de coeur pour « Anatomie d’un soldat »

Par Sylvaine Micheaux

Mon coup de cœur de la rentrée n’est pas un prix littéraire français, c’est un premier roman d’un auteur anglais : Harry Parker, Anatomie d’un soldat (Editions Christian Bourgeois).

cvt_anatomie-dun-soldat_4428Tom Barnes, sous officier anglais, lors d’une mission en Afghanistan, marche sur une mine artisanale. Rapatrié entre la vie et la mort, il doit être amputé. Ce sera un long combat pour se réapproprier son corps et retrouver un sens à sa vie.

L’histoire peut paraître banale et surfant sur le pathos. En fait cette histoire est racontée, en 45 chapitres plutôt courts, par des témoins totalement inattendus : les objets qui ont pris part au drame de Tom (le garrot qui lui a sauvé la vie, le mécanisme qui a explosé, le goutte à goutte de l’hôpital, le sac de sa maman quand elle vient le voir, etc.). On assiste à ce qui se passe d’une manière distancée, pas de pathos mais l’émotion qui transparait malgré tout. On passe de la vie de Barnes, au camp des insurgés, aux habitants de la région, à la vie des soldats dans le désert.

Roman original, passionnant, très inventif, vraiment bien écrit. Un premier roman à ne pas louper.


« L’étrangère », prix Lire Elire 2016

Le 28e prix Lire Elire de l’association Culture et Bibliothèques pour Tous Nord Flandres a été attribué cette année à Valérie Toranian pour L’étrangère, publié chez Flammarion.

toranian-letrangere-191x300C’est l’histoire d’Avni, la grand-mère de l’auteur, explique Odile, du Café littéraire de Lambersart, pour qui c’est un vrai coup de coeur. Avni a réussi à survivre au génocide arménien. Sa petite fille (de père arménien et de maman française) alterne les souvenirs de son enfance auprès d’Avni et les récits, difficilement obtenus d’elle à la fin d’une longue vie qui traverse le siècle et l’Histoire (l’Arménie, Alep, Constantinople, Marseille)…

Valérie Toranian sera jeudi prochain, le 17 novembre, à 18 heures salle des Célestines (rue de Célestines à Lille) et répondra aux questions avant de dédicacer son livre.

Un peu plus d’info sur la remise du prix ? Cliquez Ici.

Plus sur le génocide arménien ? Lisez Les 40 jours du Musa Dagh, de Franz Werfel (1933), réimprimé en 2015 par Albin Michel.

Cathcaf


Le prix Clara 2016

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La relève (promotion 2016) !  ©Gérard Cambon/Éd. Héloïse d’Ormesson

Parmi les nombreux prix littéraires dont on parle peu, voire pas du tout, et c’est bien dommage, figure le Prix Clara qui récompense les meilleures nouvelles de jeunes de moins de 18 ans. Le prix est organisé par les éditions Héloïse d’Ormesson au profit de l’Association pour la recherche en cardiologie de l’hôpital Necker-Enfants malades (ARCFA). Les six lauréats sont publiés dans un volume vendus 10 euros au profit de l’association.

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Couverture

L’édition 2016 vient de paraître (3 novembre). Elle regroupe les nouvelles de six ados : Solène, Ysaline, Clara, Zoé, Irène et Estelle (que des filles…) qui posent ci-dessus avec le jury.

Le volume fait 128 pages.

Ici trois motivations s’entrecroisent : le geste caritatif, le soutien à de jeunes auteurs amateurs, le soutien aux novellistes, les mal aimés du récit. Ça vous fait trois bonnes raisons de vous y intéresser ! Notez le code pour votre commande : ISBN 978-2-35087-388-6.

Découvrez ici le 1er chapitre de l’édition de l’an dernier. Voici le lien vers la page dédiée du catalogue ; et ici, les lauréates racontent leur expérience de la récompense littéraire (les témoignages de 2016 sont attendus, ceux de 2015 ceux disponibles).

Cathcaf


Rencontre avec René Frégni

Une trentaine d’amateurs de lecture étaient serrés les uns contre les autres au Café littéraire de Lambersart ce jeudi 10 novembre 2016. Pas pour lutter contre le froid, mais pour écouter notre invité. On aurait pu ajouter une ou deux personnes minces, peut-être, mais sans plus. Les retardataires se faisaient immédiatement interpeler par un René Frégni maîtrisant déjà totalement la réunion à 18 heures 10 : « Bonjour ! venez vous asseoir ici ! Mettez vous à l’aise… » C’est que lorsqu’on anime des ateliers d’écriture en prison, on sait animer le Café littéraire de Lambersart.

2016 11 10. René Frégni au Café litt. de Lambersart.Qu’est-ce que c’était chouette ! Vous vous retrouviez tout tourné vers lui, comme tout le monde, et c’était lui qui vous regardait. Heureux que vous vous exprimiez ne serait-ce que par une question, Frégni vous écoutait, vous répondait, partait dans des récits passionnants et amusants qu’il vous faisait en vous regardant dans les yeux et avec cette attention réelle qui légitime votre présence. Il nous a captivés, fait rire, touchés… et donné drôlement envie de lire ses livres – ses autres livres, ceux qu’on n’avait pas eu le temps de lire avant la réunion.

Plongée dans cette Marseille des Quartiers Nord où il est né. Marseille que, de manière générale, on aurait bien tort de réduire à cela, mais qui se réduit aux difficultés sociales et aux violences pour tout une frange de population. Pour Frégni, ce sont les moqueries des enfants de l’école où il est supposé apprendre à lire, écrire et compter qui déclenchent la réaction en chaîne. Il porte des lunettes et on l’appelle « quatre oeils » ; alors il ôte ses lunettes et ne voit plus rien. Impossible de lire, impossible d’être bon élève, de ne pas se retrouver puni dans le couloir. Mais pour échapper à la parano que génère le harcèlement, Frégni devient clown : « Je fais rire les copains pour qu’ils ne rient pas de moi. » Et, à défaut de trouver sa place à l’école, c’est surtout dans la rue qu’il apprend des choses. Des choses qui ont un autre sens que les matières scolaires, mais qui lui seront utiles dans la vie et, plus tard, dans les boulots qu’il fera.

l1030617Sa maman lui rachète des lunettes mais il les jette aussitôt ; alors elle finit pas abandonner. Sauf qu’elle lui lit des livres : « La littérature entre en moi par les oreilles », explique-t-il. Il n’y a que trois livres à la maison, mais ce ne sont pas n’importe lesquels : Lire la suite « Rencontre avec René Frégni »

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