« La nostalgie heureuse »

… d’Amélie Nothomb (chez Albin Michel).

Bof, bof.  Déjà, commencer un récit au passé composé et le poursuivre au passé simple, ça me gêne. Employer le passé simple au « je », ça me gêne encore plus (c’est pas parce que Jean-Jacques Rousseau le faisait que c’est linguistiquement correct et narrativement heureux). Mais si en plus c’est pour raconter une non-histoire pleine de banalités, ça devient vraiment bof-bof : « De retour chez moi [après être allée au cinéma avec son bonzaï !], je déposai ma plante de compagnie près de la cafetière et continuai d’exister » (p. 25).

Sidérantes maladresses stylistiques, formules emphatiques soudaines et disproportionnées au contenu, condescendance du « moi »… Par exemple : « Il est rare d’éprouver quelque chose d’aussi fort » (p. 54, où elle pleure en retrouvant sa nourrice, se souvenant de la douleur de la séparation quand elle avait cinq ans) ; ou « Tokyo est quatre milliards de fois plus moderne que Kyoto » (p. 74). Sans parler des comparaisons et métaphores : « Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo » (p. 139) ou « Là, je me sens comme un fleuve nippon autre que le Sumida : il peut m’arriver d’être en crue mais aujourd’hui je suis au comble de l’étiage » (p. 144). Ah ! non, non, ce n’est pas de l’humour.

C’est écrit comme un blog : ça donne à voir au monde quelque chose à quoi l’on tient soi mais qui n’est pas très intéressant pour les autres, et c’est méli-mélo. Bien que parfois ce soit marrant ; par exemple quand elle en arrive à écrire : « Nous sommes le 31 mars et le 1er avril » (p. 75).

Pour apprécier les meilleures pages, il suffit de savoir qu’Amélie Nothomb elle-même, soi-même et en personne, se rend au Japon avec une équipe de télévision pour tourner un reportage genre retour aux sources. On pourrait visiter le Japon avec elle, mais on n’apprendra rien car elle se regarde retourner au Japon. Il pourrait y avoir de l’émotion, mais comme elle est en permanence dans le commentaire sur le vécu, on ne vit rien avec elle, et l’émotion est minimale, malgré des sincérités remarquables et parfois touchantes.

P. 51-59 : la visite à Nishio-san, sa nourrice de quand elle était petite et que son père était ambassadeur de Belgique là-bas ;

P. 117-119 : son ex, le dénommé Rinri, raconte le grand tremblement de terre du 11 mars 2011. Là, il y a quelque chose, à titre documentaire : un témoignage personnel.

Inutile d’en lire plus, à mon avis. Mais si l’éditeur s’est dit qu’avec les sous que lui rapporterait Nothomb il pourrait booster la carrière d’un jeune auteur de talent, alors je lui pardonne. Peut-être.

Catherine CHAHNAZARIAN

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2 réflexions sur “« La nostalgie heureuse »

  1. Ca ne m’étonne pas d’Amélie Nothomb qui, après des débuts en fanfare (j’ai apprécié quelques-uns de ses premiers livres, dont Stupeur et tremblements), ne cesse de se caricaturer elle-même en pondant un navet par an avec une régularité d’horloge. Ce qui m’étonne, par contre, c’est qu’elle conserve autant de fans qu’à ses débuts (voir les files d’attente qui ne cessent de s’étirer lors des séances de signatures). Comme quoi pour réussir en « littérature » (est-ce que les oeuvres d’Amélie Nothomb méritent ce nom ?), il vaut mieux donner dans l’extravagance vestimentaire et comportementale que d’avoir un vrai talent d’écriture.

  2. J’ai un gros problème avec A.N.. Ses livres m’ennuient, je n’ai pas envie de servir de psy à un auteur surtout lorsque le style n’y est pas, mais allez, c’est une bonne cliente pour la téloche.

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