Sous les pavés… l’ennui (fin)

Bon, un peu de repos et de lecture plus facile après tout ce fatras intello-métaphysico-stylistique, me suis-je dit [cf. les précédents numéros de « Sous les pavés… »]. Et je me suis attaquée au 4e pavé censé enchanter mes vacances : Adèle et moi, de Julie Wolkenstein, encensé par la critique (Télérama, du moins, ce qui m’avait incitée à acheter le livre, qualifié d’« envoûtant »). « Dans ce roman où, telle la marée, afflue et reflue le passé, l’auteur redonne vie à son arrière-grand-mère, l’inventant autant qu’elle la découvre. » Bon, pourquoi pas ? Mais 596 pages, quand même… Il faut de quoi les nourrir, et si la demeure familiale de Saint-Pair a bien des charmes, comme beaucoup de villas de bord de mer qui ont vu passer des générations et des générations et retenu un peu de leur âme, on attend en vain qu’il se passe vraiment quelque chose dans cette quête nombriliste où la narratrice est autant à la recherche d’elle-même que de son arrière-grand-mère, chez qui elle pressent un secret à la poursuite duquel elle s’essouffle, et le lecteur aussi. Lequel secret est finalement d’une grande banalité et ne méritait pas tant de prolixité. C’est vraiment l’art de « couper les cheveux en quatre » et quand je dis en quatre… Presque 600 pages là où la moitié aurait très largement suffi…

Coup de gueule

Messieurs et mesdames les auteurs, limitez-vous, par pitié, sauf si votre sujet est de grande envergure (ce qui n’est pas le cas ici), sauf si vous avez le talent de Nancy Huston, citée plus haut (ce qui n’est pas donné à tout le monde). Le livre de Julie Wolkenstein, je l’ai terminé, mais en le lisant « en diagonale », comme on dit. Ma patience de lectrice a des limites, ou plutôt elle est fonction de mon plaisir à lire, bien battu en brèche cet été. Je me prends à rêver des « petits livres » de 150 pages, 200 pages, qui m’ont enchantée et dont j’ai tant regretté qu’ils ne soient pas plus longs. Ceux d’Olivier Adam, par exemple. Ah, que j’ai aimé Je vais bien, ne t’en fais pas ou Des Vents contraires ! Mais c’était avant qu’il ne commette Les Lisières, assassiné par la critique qui avait adulé l’auteur jusque-là, et ce n’est que justice. De même pour John Irving, une de mes grandes admirations littéraires (ah ! Le Monde selon Garp !), jusqu’à ce qu’il prétende nous faire ingurgiter les quelque 900 pages de Je te retrouverai. Des romans-fleuves, oui, mais lorsqu’il s’agit de « sagas » mettant en scène un grand nombre de personnages dans « une sorte de tourbillonnement, une vibration, un entrelacement infini de causes et d’effets » (Nancy Huston), pas lorsque l’auteur n’a rien à nous donner à contempler d’autre que son nombril. N’est pas Victor Hugo qui veut.

Brigitte Niquet

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