Nos lectures de janvier 2014 : ROMANCIERS ET ROMANCIÈRES AMÉRICAINS

jim fergusMille femmes blanches, de Jim Fergus (Pocket), présenté par Gérard, également commenté par Annie-France et Odile.

Tout repose sur l’idée que si des femmes blanches intégraient les tribus Cheyennes, les enfants qu’auraient celles-ci seraient imprégnés des deux cultures et contribueraient donc, à terme, à l’intégration des tribus dans la civilisation américaine. A travers son journal, l’on suit, durant les quatre saisons d’une année, l’une des ces femmes blanches déplacées. Il s’agit d’un roman, documenté sans se vouloir historique. Odile signale qu’une certaine imprécision historique lui a été reprochée. « Un gros bouquin facile à lire et passionnant », pour Annie-France, dans lequel on découvre, même si l’on n’était pas candide au départ, plein de choses sur les Cheyennes et sur les actions de civilisation américaines.

(voir également la critique de Gérard).

John IrvingJohn Irving : biographie et bibliographie présentée par Lysiane  ; trois oeuvres présentées par Lysiane, Maggy et Annie-France.

Difficile de refaire sur ce blog la biographie de John Irving. Lysiane souligne en particulier que, enfant sans père, le thème de la paternité constitue l’un des thèmes récurrents de l’oeuvre d’Irving. Son roman phare, qui l’a mené au succès, est Le monde selon Garp.

Lysiane présente L’oeuvre de Dieu, la part du diable, « peut-être pas le meilleur mais mon préféré ». Un roman auquel on peut reprocher d’être plein de bons sentiments. Mais le sujet est tout sauf naïf. Il s’agit de la défense des opprimés, des pauvres, des filles mères,  à travers l’action d’un obstétricien (avorteur lorsque telle est la décision de la femme) qui dirige un orphelinat. L’un des orphelins devient son pupille, celui à qui l’on transmet. Mais celui-ci quitte l’orphelinat et découvre le monde (le milieu de l’agriculture, le cinéma,…). L’on suit également un autre personnage, une orpheline, une jeune femme costaude qui sait se retourner contre ses agresseurs et les mettre au tapis. Un roman très féministe, imprégné de violence, « mais une violence truculente, un peu Rabelaisienne ».

Maggy présente Une veuve de papier, dont le personnage central, Ruth, est née après la mort de ses deux frères aînés dans un accident de voiture. Sa mère a du mal à l’aimer : par peur de la perdre ? parce que le deuil l’a rendue incapable d’exprimer de l’amour ? Ruth a quatre ans quand ses parents se séparent. L’auteur nous fait vivre la douleur de cette enfant – dans un contexte assez scabreux. Vingt ans plus tard, elle est devenue écrivain et voyage, notamment à Hambourg, prétexte, pour John Irving, pour écrire sur la drogue, la prostitution… des thèmes bien dans la veine de l’auteur. Le roman est riche de détails sur les événements que vivent les personnages et, de façon générale, sur les sujets qu’il aborde.

Annie-France présente brièvement A moi seul bien des personnages, le dernier paru, qu’elle trouve touffu, compliqué par la multiplication des personnages, passablement scabreux. Pas un grand roman.

Suit une petite discussion sur les auteurs à succès dont les oeuvres perdent en qualité à force de tirer sur les ficelles qui ont fonctionné précédemment, de ressasser les thèmes qui ont touché, etc. Voir aussi le coup de gueule de Brigitte.

(Une très bonne interview de John Irving dans le Figaro, 2011.)

Bonnie Jo CampbellIl était une rivière, de Bonnie Jo Campbell (J.C. Lattès), présenté par Monique.

Née en milieu rural, l’auteure « sait traire les vaches et castrer les cochons ! », lance Monique. Ses études supérieures l’amènent à Chicago puis en Europe et en Russie, puis elle retourne au pays. Elle écrit d’abord beaucoup de nouvelles puis se fait un nom avec American Salvage.

L’action de Il était une rivière (2011 aux E.U., 2013 pour la version française) se situe dans le Michigan. L’héroïne est une jeune fille de 15 ans, dont la mère a quitté le foyer. C’est une sauvageonne que son père a bien du mal à canaliser… Mais c’est lui qui a fait de Margo, dès l’âge de 10 ans, une tireuse d’élite ! A la mort de son grand-père, elle hérite d’un bateau. Un peu plus tard, son oncle la viole. Scandale et bagarre… Son père lui fait promettre de ne plus jamais traverser la rivière au-delà de laquelle habitent ses cousins et cousines que la jeune fille voudrait pourtant revoir. A l’occasion d’une fête, Margo traverse tout de même la rivière et une occasion lui est donnée de se venger de son oncle… Après quoi, elle prend la fuite, vivra seule avec son bateau et sa carabine, recherchera sa mère, fera des rencontres, vivra bien des événements.

Sylvaine ajoute qu’il s’agit d’un vrai roman d’aventure, plein de rebondissements, intéressant au plan psychologique mais surtout par le thème de la résistance d’une jeune fille seule dans la nature. « A la bibliothèque on est nombreux à l’avoir lu et tout le monde l’a aimé ».

(Lien vers la page de l’éditeur français.)

Joyce Carol OatesJoyce Carol Oates. L’auteure est présentée par Gisèle, une de ses oeuvres par Annie-France.

Connue comme « l’éternelle nobélisable » (voir son palmarès sur Wikipedia), J.C. Oates est née en 1938. Elle compte un très grand nombre d’oeuvres à son actif, dans des genres divers (romans, nouvelles, théâtre, poésie) et écrit toujours. Boulimique d’écriture, elle est connue pour écrire tout le temps et n’importe où (dans le taxi entre deux rendez-vous, par exemple). Auteur sombre, elle est une des meilleures portraitistes de l’Amérique contemporaine. Les thèmes qui lui sont chers sont la transmission, la malédiction et la rédemption – dans un attachement assumé à ses racines juives – le puritanisme américain, la violence, la décadence et la déchéance familiales, les dysfonctionnements humains. Elle offre une vision de l’Amérique à travers des sagas presque toujours tragiques, montrant une humanité dépravée, peignant les frustrations et les inquiétudes actuelles. Sa plume très acérée a été comparée à un scalpel.

Gisèle mentionne J’ai réussi à rester en vie, très beau livre sur le veuvage, composé de flash-backs et de courriels, un voyage dans le chaos qui suit une mort imprévue.

Annie-France présente Mudwoman. Une mère folle martyrise sa petite fille, jette sa poupée dans la boue, puis l’enfant elle-même. Sauvée, celle-ci séjournera à l’hôpital (elle a avalé de la boue, évidemment) puis en foyers, puis sera finalement adoptée par un couple de quakers auprès desquels elle apprend la non-violence et plein de bons sentiments. Elle fait des études littéraires, elle est brillante, elle se consacre à son métier, qui la déborde jusqu’à ce que les angoisses apparaissent. Elle sombre progressivement dans la folie, à travers des scènes qui ne sont pas d’abord identifiées comme relevant de l’imagination du personnage et que le lecteur peut confondre avec la réalité de ce qu’elle vit. Annie-France a été gênée par l’incertitude générée par ces passages (délire ou réalité ?), mais y voit un roman très intéressant. Très noir, dérangeant, mais l’oeuvre d’un « pointure » de la littérature américaine.

(Lien vers la page de l’éditeur français.)

marisha pesslLa physique des catastrophes, de Marisha Pessl, est présenté par Catherine.

Il s’agit d’un premier roman très réussi dont l’héroïne écrit au « je ». Etudiante dans une université américaine, la jeune fille trouve un jour sa prof préférée… pendue ! Cherchant à comprendre, elle met le doigt dans un engrenage terrible. Les développements inattendus, mêlés d’angoisse, sont expliqués par l’héroïne dans une sorte de récit/mémoire étayé de citations, conçu comme un travail universitaire. C’est drôle, attachant, plein de suspens, et très très bien écrit.

(Pour ceux qui lisent en anglais, son site officiel ; voir aussi le choix des libraires.)

jeffrey eugenidesMiddlesex, de Jeffrey Eugenides est également présenté par Catherine.

Le héros est hermaphrodite. Ses problèmes identitaires l’incitent à parler de la vie de sa famille : ses parents, ses grands-parents. Entre la vie du héros dans l’Amérique contemporaine et l’histoire de ses ancêtres, réfugiés grecs, le lecteur bascule d’une culture à l’autre, et les voit se mêler. L’auteur tire à la fois plusieurs fils : celui de son personnage-narrateur, celui d’une histoire d’amour vraiment peu banale,  celui de l’histoire tout court, de l’émigration (notamment dans les très fortes pages qui retracent la reprise de Smyrne par les Turcs (1922) et l’embarquement des réfugiés pour les Etats-Unis) et de l’acculturation.

douglas kennedyDouglas Kennedy est présenté par Bernadette et Sylvaine de la part de Liliane (une autre bibliothécaire, ancienne membre du Café) qui se charge, à la bibliothèque, de « faire sortir » les livres de Douglas Kennedy (« et ça marche ! »).

Douglas Kennedy est né à New-York, dans l’Upper Westside. Il fait des études à Dublin, rentre à New-York et devient régisseur de théâtre, puis quitte définitivement N.Y. pour Dublin où il écrit des pièces, fonde et dirige un théâtre puis se consacre au journalisme et à l’écriture. Actuellement, il vit le plus souvent à Berlin. Ses mauvaises relations avec les éditeurs américains s’expliquent par  sa critique de la société américaine, en particulier du puritanisme religieux. En France, il est édité chez Belfond. Parmi ses premiers romans, Bernadette et Sylvaine citent Relation dangereuse (que Sylvaine a beaucoup aimé). Elles regrettent que les derniers romans soient plutôt à l’eau de rose.

Cul de sac est le livre qui a fait connaître Douglas Kennedy : « suspens », « belle vérité des personnages », « une écriture pas toujours exceptionnelle mais terriblement romanesque », « un livre qu’on ne lâche plus ». Le personnage principal (masculin) se fait enlever par une femme et est emmené au milieu du désert (cela se passe en Australie) dans une communauté familiale qui a de temps en temps besoin, pour éviter la consanguinité, de mâles reproducteurs ! Va-t-il parvenir à s’échapper ? Cul de sac est un « bon roman d’aventure ».

En fin de séance, Annie-France fait un tour de table : il s’agit de citer chacun un romancier américain. Nous constatons avec amusement que nous n’avons parlé d’aucun des auteurs qui nous venaient ainsi à l’esprit : Hemingway, Faulkner, Stephen King, Henri Miller, Siri Hutsveld, Chandler, Dorothy Parker, Philip Roth… Une autre fois peut-être ? Une autre fois peut-être les romanciers et romancières sud-américains ?

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