« Réparer les vivants »

Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal, coll. Verticales de Gallimard.

DÉBAT

product_9782070144136_195x320 C’est mon gros coup de coeur du moment, écrit Annie-France Belaval. Remarquablement écrit ; histoire sensible écrite sans pathos. Ames sensibles s’abstenir : il s’agit bien d’un accident mortel et d’un don d’organes. »

Alors, désolée, c’est mon anti-coup de cœur, répond Brigitte Niquet. Mes reproches : trop de style tue le style, c’est bien connu, trop de métaphores tue les métaphores, et le tout tue le plaisir de la lecture et, évidemment, l’émotion. « Remarquablement écrit », ce n’est pas mon avis, sauf si on admet, effectivement, que la « beauté » de l’écriture est une fin en soi. Pour ma part, cela produit l’effet contraire, ce livre m’est tombé des mains, j’en ai sauté des pages entières. Chaque verbe, adjectif, nom, adverbe, etc. est accompagné d’au moins 3 synonymes, voire plus. Pour moi, c’est vraiment l’auteur qui « s’écoute écrire ». Sur un tel sujet, c’est même choquant.

 » Il y a, par ailleurs, des chapitres entiers (dont le premier, ça commence mal) dont on se demande vraiment l’intérêt par rapport au sujet. Que Simon se soit tué après une nuit de surf ou après une virée en boîte, quelle importance puisque c’est l’accident de voiture qui s’en est suivi qui l’a tué et qui rend son coeur disponible pour la transplantation ? Pourquoi donc consacrer tout le premier chapitre à la description (luxuriante) du surf et de la beauté du jour naissant sur la plage où vient mourir la « grande vague » ? (Pour les amateurs, lire la page 21, un modèle du genre ; si celle-là vous plaît, n’hésitez pas à continuer, le livre entier vous plaira). De même, pourquoi consacrer des chapitres entiers à la vie privée, présente et même antérieure, des différents acteurs de la transplantation (médecins, chirurgiens, infirmières) ? Le comble est atteint dans le chapitre qui commence page 160 « Le jour où Thomas (un des médecins) fit l’acquisition du Chardonneret… », dont, après 3 lectures, je ne comprends toujours pas l’intérêt par rapport au sujet.

Brigitte poursuit :  » Cela n’empêche pas, bien sûr, que les chapitres consacrés à la détresse des parents du donneur potentiel, confrontés à la douleur conjuguée de la mort de leur fils et de la mutilation post mortem que les médecins leur proposent de cautionner, soient bouleversants, mais c’est le sujet qui l’est et ce sont bien les seuls chapitres que j’aie lus en entier avec les larmes aux yeux.

 » Voilà. Je viens juste de terminer ce livre, c’est donc une réaction à chaud… »

Je maintiens que j’ai beaucoup apprécié ce livre, répond Annie-France, et son écriture que j’avais déjà aimée pour Naissance d’un pont (prix Médicis 2010 et prix Franz-Hessel 2010) et même Dans les rapides (que j’avais moins aimé à cause d’allusions à de la musique que je ne connaissais pas).

 » Il me paraît important de savoir qui est Simon avant son accident de voiture : il revient d’une équipée de surf avec des copains, tout était calculé pour l’exploit ! Il a dû pour cela quitter les bras de celle qu’il aime… Les parents séparés vont se retrouver dans l’épreuve (oubliant presque la petite soeur désemparée) : ils ont du mal à accepter l’irréversible… et sont confrontés sans préparation à la décision de donner les organes de Simon (sauf les yeux ! comme c’est souvent le cas). Une fois la décision arrachée, le récit s’accélère : la course contre la montre commence ; on n’a que quatre heures pour faire arriver les organes à destination. On ne parlera que du coeur car il reste le siège des affects dans l’imaginaire : il ira à une cinquantenaire entourée des siens.

 » Récit choral, intrication des destins : les parents, Revol et Rémige, Cordélia Owl, Alice Harfang n’ont pas tué mon plaisir de lecture ! bien au contraire ; nous entrons dans la vie privée de chaque personnage ; rien d’inutile selon moi mais des détails attachants comme le chardonneret de Thomas, Virgilio et son match de foot, Thomas encore, chantant avec respect en faisant la toilette du mort…

 » J’ai aussi apprécié ce qui me paraît un plaidoyer en faveur du don et la recommandation d’en parler quel que soit son âge.  »

Si vous avez lu Réparer les vivants vous aussi, dites-nous ce que vous en avez pensé. Répondez à cet article en postant un commentaire (cliquez « répondre, sous le titre de l’article) ou en postant votre texte à cath.caf@orange.fr

contributor_35627_195x320Prix remportés par Réparer les vivants :

  • Grand prix RTL-Lire 2014,
  • Prix Orange du livre 2014,
  • Prix Relay des Voyageurs avec «Europe 1» 2014,
  • Roman des étudiants France Culture – Télérama 2014.
Maylis de Kerangal, Prix de l’Institut de France 2014 pour l’ensemble de son oeuvre.

Réparer les vivants devrait être disponible en audio en septembre 2014, d’après Gallimard. Dans une version lue par l’auteure.

À lire ou écouter sur cette œuvre : Interview France Cultureextrait lu par l’auteureBibliobs

Ci-dessous : le débat continue avec les internautes ↓

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5 réflexions sur “« Réparer les vivants »

  1. je dois acheter ce livre, car je veux le garder, ne pas avoir à le rendre à la bibliothèque après lecture

  2. Ah oui, apparemment, je suis seule de mon avis, ce que j’avais déjà perçu en discutant avec mes amis, grands lecteurs comme moi, qui ont presque tous apprécié ce livre. Moi pas. Tant pis, je persiste et signe, de toute façon, quand un livre vous a déplu de la première à la dernière page et que vous vous êtes forcé à le terminer, vous ne pouvez pas revenir en arrière. Quand même, s’il y en a un(e) seul(e) qui pense comme moi, qu’il le dise, SVP ! Merci.
    Brigitte

  3. Chère Brigitte, vous n’êtes pas seule.
    Je n’accroche pas plus que vous à cette écriture complaisante, à cette narration pleine de détours dont on peine à saisir la beauté tant ils semblent là pour additionner les pages et faire d’une grosse nouvelle un roman. Et puis cet étalage d’érudition pour mieux faire sentir au lecteur l’étendue de son ignorance, non merci. L’auteure ne manque ni de vocabulaire ni de maîtrise dans l’agencement des phrases, mais tout cela est d’un ennui !
    Je lis de Kerangal comme je regarderais un singe savant faire son tour de passe-passe. C’est impressionnant mais vain.
    Agnès

  4. Agnès, je ne sais pas qui vous êtes, mais franchement, je vous claquerais bien trois bises !
    Brigitte

  5. Encore un mot par rapport au message d’Agnès : étant moi-même nouvelliste, j’ai pensé comme elle que, débarrassé de ses « scories », ce texte ferait une excellente longue nouvelle. Dommage que l’auteur ne s’en soit pas tenue là !

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