Le livre dans le livre : « Journal d’une année noire »

Journal d’une année noire, de John Maxwell Coetzee, paru en 2007 (Seuil, 2008)

L’auteur John Maxwell Coetzee, né au Cap en 1940, a enseigné à New-York, à l’université du Cap avant de se consacrer entièrement à la littérature. Deux de ses romans ont été couronnés par le Booker Prize : Michael K, sa vie, son œuvre et Disgrâce. Le Prix Nobel de littérature lui a été décerné en 2003.

Dans Journal d’une année noire, J.M. Coetzee choisit d’incarner un écrivain connu, âgé de 72 ans, souffrant de dystrophie musculaire, anarchiste, quiétiste et pessimiste, qui s’est engagé auprès d’un éditeur allemand à écrire son avis sur des sujets de son choix à propos de « ce qui ne va pas dans le monde d’aujourd’hui ». Coetzee ouvre la porte à une identification quasi parfaite avec son personnage : écrivain sud-africain installé en Australie, divorcé, vieillissant – cependant l’auteur lui-même n’a encore que 67 ans quand son roman parait. Autoportrait ou pas, Journal d’une année noire ne se résume pas à cette question.

seuilOutre les essais sur l’état du monde (la démocratie, le terrorisme, al-Qaïda…) la littérature , le métier de vivre, l’obligation de mourir, chaque page de Journal d’une année noire tisse deux ou trois fils narratifs : les commentaires de l’écrivain sur l’évolution de sa relation avec Anya la jeune femme qui tape « ses opinions », enfin les réflexions de la jeune femme elle-même sur le vieil écrivain, ses idées , et les échanges qu’elle a avec son petit ami Alan, un courtier escroc professionnel. Ce triple fil narratif démultiplie les points de vue, complexifie l’appréhension des personnages et des interactions entre eux.

De la rencontre du vieil écrivain dans la laverie de son immeuble avec Anya, une jeune femme jolie et excitante, à la publication de son livre, le lecteur suit trois personnages dans une étape complètement différente de leurs vies respectives. C’est Anya qui conseille à l’écrivain d’écrire un roman plutôt que des essais : « Un roman ? Je n’ai plus l’endurance nécessaire. Pour écrire un roman, il faut être comme Atlas qui porte un monde sur ses épaules, et tenir bon des mois des années durant… C’est trop lourd à porter pour ce que je suis maintenant. » Anya a bientôt 29 ans, elle partage sa vie avec Alan qui a 42 ans ; il a quitté sa femme pour elle. Il n’aime pas le vieil écrivain dont les valeurs sont à l’opposé de sa totale absence de scrupules. Anya joue un peu de son sex-appeal avec l’écrivain mais apprend à l’apprécier : « Vous m’avez un peu ouvert les yeux, je le reconnais. Vous m’avez montré une autre façon de vivre, qu’on peut avoir des idées et les exprimer clairement ».

L’amateur de roman, au début un peu rebuté peut-être par les réflexions sur « le monde comme il va », se laisse peu à peu entrainer dans le jeu d’interaction et s’attache aux deux personnages principaux.

Lysiane Busin

Interview de J.M. Coetzee sur : Bibliobs

 

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