Café du 11 septembre 2014, avec Franck Thilliez et Frédéric Coudron

Nous étions une bonne vingtaine, ce jeudi, pour accueillir deux jeunes auteurs qui ont tous deux fait des études d’ingénieur et auraient pu être et rester dans l’industrie mais, voilà, ils avaient la fibre littéraire. Franck Thilliez, qui vit de sa plume depuis sept ans, parle même de « fièvre » littéraire, et d’ailleurs c’est simple : « Plus jamais je ne lâcherai l’écriture », dit-il. Frédéric Coudron donne très vite le ton : « Écrire un livre est un long chemin… Franck, lui, a été bon tout de suite, moi j’ai dû m’améliorer ! » (rires)

9782359626254+vignetteLes présentations étant faites, ainsi que la liste déjà longue de leurs productions respectives, Frédéric Coudron se retrouve immédiatement en position de s’expliquer sur son dernier livre paru, Sur la piste du Shogun Tonight, qui remporte un réel succès auprès des adolescents.

« Mais qu’est-ce qui vous a pris? » lui demande notre présidente, Annie-France Belaval (rires).

Dans ce court roman de 64 pages, à l’écriture volontairement simplifiée, le commissaire Calderon (personnage récurrent déjà mythique des œuvres de Frédéric Coudron) a pour mission d’interroger Hilary et Vincent, de l’émission de divertissement Les Ch’tis afin de comprendre le secret de leur popularité (secret qui pourrait être utile aux politiques)…

C’est ainsi que, mêlant enquête policière et télé-réalité, Frédéric Coudron aborde des thèmes populaires (vedettariat du show-biz et du sport) et amène à la lecture des adolescents réputés non-lecteurs.

C’était le but visé, explique-t-il, et ça marche ». De nombreux jeunes sont venus vers lui lors d’une séance de dédicace à Auchan : « Certains peuvent se vanter de longues séances de dédicace dans des librairies connues, ajoute-t-il en faisant un clin d’oeil à Franck Thillier, moi j’ai un souvenir formidable de cette séance de dédicace à Auchan ! » (rires).

Mais Frédéric Coudron rassure notre présidente à qui ce style peu littéraire déplaît : « Mon prochain livre sera un vrai policier » !

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Angor paraîtra le 9 octobre prochain.

Sylvaine Micheaux interpelle Franck Thilliez : « Quel est le sujet de votre prochain livre ? »

C’est encore l’univers de la pyschiatrie, qui m’intéresse beaucoup – mais je ne suis pas un patient, hein ! » (rires).

L’auteur a noué son intrigue autour du personnage d’une gendarme qui travaille à la caserne de Villeneuve d’Asq et qui est greffée du cœur. Il s’est intéressé au questionnement éthique qui accompagne une greffe, aux déviances qui se produisent dans ce domaine, au thème de la mémoire cellulaire aussi (comme cette histoire d’un ouvrier américain greffé du cœur qui s’était mis à écouter de la musique classique et qui, se demandant si cela pouvait avoir un rapport avec son nouveau cœur, avait découvert que le donneur était un jeune homme mort en serrant son violon contre sa poitrine).

« Vos livres sont très documentés ! » ajoute Sylvaine.

« Je fais toutes mes recherches moi-même, je fais beaucoup de recherches » explique Franck Thilliez. « J’ai, par exemple, beaucoup discuté avec des biologistes de l’Institut Pasteur – et la réalité dépasse vraiment la fiction ! – car je suis en train de finir le livre à paraître en 2015, où il est beaucoup question de virus et de bactéries. Il y a un véritable parallèle entre la manière dont les biologistes traquent les microbes et celle dont les policiers traquent les tueurs ».

« Comment vous positionnez-vous par rapport au fait que tout a déjà été dit, qu’on n’invente rien ? » lui demande Jean-François Zimmermann.

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Frank Thilliez

Franck Thilliez répond en citant une recherche qui avait montré que l’ensemble des thèmes et des intrigues possibles dans le roman se résume à une cinquantaine seulement, mais « si c’est une vraie peur, d’être en train d’écrire quelque chose qui existe déjà, dit-il, cette peur s’estompe avec le temps, on comprend bien qu’on donne sa version des choses et que ça, c’est unique ».

« Vous avez lu le livre de Maylis de Kerangal, qui traite lui aussi du thème de la greffe ? » lui demande Brigitte Niquet (voir notre débat sur Réparer les vivants).

« Je ne l’ai pas pas lu mais je sais qu’il traite très différemment du sujet » répond Franck Thilliez. En anecdote, il raconte les questionnements qui ont été les siens au moment de la catastrophe de Fukushima : il était en train d’écrire un livre inspiré de Tchernobyl et se demandait si le public aurait envie de lire – ne trouverait pas très bizarre un livre sur Tchernobyl alors qu’une autre catastrophe nucléaire a eu lieu récemment. Mais « ça a marché, parce que c’était autre chose ».

« Vous êtes très dur, avec vos personnages » remarque encore Sylvaine, initiant ainsi une petite discussion sur les personnages récurrents.

Les deux auteurs s’accordent à dire qu’il faut à la fois que les nouveaux lecteurs ne soient pas perdus (pas d’allusions indéchiffrables aux romans précédents) et que les anciens lecteurs retrouvent les personnages qu’ils connaissent – numéro d’équilibriste requérant un travail exigeant.

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Frédéric Coudron

Répondant à une question sur la manière dont il s’y prend pour entamer un livre, Frédéric Coudron explique qu’il n’a pas de règles : « Parfois j’ai un plan préétabli, je sais où je vais, et parfois je commence comme ça… »

« Comment se passe l’adaptation d’un de vos romans au cinéma ? Est-ce que vous êtes dans le scénario ? » demande Jean-François Zimmermann à Franck Thilliez.

« La première fois que votre éditeur vous dit qu’un producteur a retenu les droits sur un de vos livres, vous êtes tout fou, explique Franck Thilliez, et puis vous apprenez à relativiser car entre ce moment et la réalisation d’un film, le montage est d’une complexité absolue et n’aboutit pas nécessairement. Réserver les droits d’un roman pour un film ne coûte pas très cher au producteur, qui s’assure ainsi de bloquer l’affaire pendant deux ans. S’il n’arrive pas à trouver le financement nécessaire et à réserver les acteurs qu’il veut, il abandonne et le roman retombe dans le domaine public, si je puis dire. » Quant à être dans le scénario, Franck Thilliez explique qu’il ne le demande pas : « Les producteurs détestent ça ! Mais j’écris des scénarios par ailleurs (pour la télévision) ».

Frédéric Coudron intervient pour expliquer l’importance des questions financières liées au tournage d’un film : telle scène se passant dans les Alpes est tournée en Ukraine car cela coûte beaucoup moins cher… « Vous en arriveriez à écrire en tenant compte des possibilités d’adaptation au cinéma. Vous avez fait un flash-back mais le producteur le supprime parce que ça coûte trop cher : il faut des voitures d’époque ! » Et Franck Thilliez de renchérir : « Il neige dans le roman, mais il ne faut plus qu’il neige dans le film parce que la neige ça coûte trop cher ! » (rires)

Quant au livre audio, Franck Thilliez explique qu’il ne connaît pas les comédiens qui ont enregistré ses livres : « C’est l’éditeur de romans audio qui contacte mon éditeur, et moi je ne suis pas là-dedans. Quant à savoir pourquoi ce livre-là et pas tel autre… C’est comme pour la traduction : pourquoi ce livre et pas tel autre… ? » (geste vague).

Mais on discute depuis une heure et demie et Paul Dejaegere n’y tient plus. Il  demande aux auteurs s’ils n’ont pas besoin de clés ou de chutes pour leurs romans (moment d’étonnement) car « moi j’en ai tout le temps, des clés ! Je rentre la voiture au garage et, en fermant la porte du garage, je me rends compte que j’ai oublié de fermer la porte de la voiture, et ça y est ! j’ai une idée de roman ! » (rires). Paul, avouant son incapacité à écrire les romans en question, propose généreusement de donner ses clés à Frédéric Coudron et Franck Thilliez ! (nouveaux rires). « Vous devriez vous adresser à Michel Bussi, répond Franck Thilliez, car on dirait que votre truc, ce sont les clés à énigmes, comme dans N’oublier jamais ». « Moi j’aime bien les clés à molette ! lance Frédéric Coudron, comme lorsque, pendant tout le livre, on croit que le coupable est un homme et puis à la fin on comprend que c’est une femme – et il faut faire super-attention aux adjectifs et aux participes avec ou sans -e »… Les idées ne manquent pas, nous en sommes ravis !

Suit une petite séance de dédicace, car notre libraire de proximité, Mikaël Deren, de la Librairie Au Temps Lire (367 avenue de Dunkerke – 03 20 92 43 26 – mderen@autempslire.fr) est là avec une pile de Thilliez et de Coudron.

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et autres titres…

Frédéric Coudron est édité chez Ex Aequo (faites une recherche sur « Coudron » et le site vous proposera tous ses livres). Franck Thilliez est édité au Fleuve Noir (site officiel de l’auteur : ici).

Un Café bien sympathique, respectueux, sincère et décontracté, dans l’ambiance de pré-braderie qui animait le 210 de cris d’enfants. Merci à la Mairie de Lambersart pour la sonorisation : c’était bien utile ! Et merci à la biscuiterie Eugène Blond, qui a été généreuse comme a son habitude – même qu’il fallait parfois attendre un peu que Frédéric Coudron avale sa gaufrette pour qu’il réponde à nos questions…

Cathcaf


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4 réflexions sur “Café du 11 septembre 2014, avec Franck Thilliez et Frédéric Coudron

  1. Merci Catherine pour ce super resume d un cafe litteraire que j’ ai vraiment aime ,etant une grande lectrice de polars.

  2. Oui, Marie-Agnès, c’était vraiment chouette.

    Et Annie-France fait remarquer :
    – que les Mardis avaient également prêté du matériel de sonorisation (mais Pierre a installé celui de la Mairie car c’était plus rapide) : merci quand même !
    – que les éditions Saint Martin de Roubaix ont édité un des livres de Fred Coudron, »De la cuisine au tapis rouge », livre dont un exemplaire a été offert jeudi – puisque, comme vous le savez, à chaque Café un livre est offert à un participant par tirage au sort.

    http://www.aventure-litteraire.fr/auteur/Coudron.html pour les éd. Saint Martin de Roubaix.

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