« Merci pour ce moment »

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Par Pierre Belaval

Autour du livre de Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment, Editions Les arènes, Paris, 2014.

« J’ai mis tous les soins à ne pas tourner en dérision les actions des hommes, à ne pas pleurer sur elles, à ne pas les détester, mais à en acquérir une connaissance vraie » Spinoza (1632-1677), Traité politique, I,4.

« Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre… Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent tous, à commencer par les plus âges » (Jean, 8,7-9).

Pourquoi donc écrire sur ce livre objet de tant d’agitation politico-médiatique ? Le point de départ de mon interrogation fut un débat à son sujet dans le cadre de l’émission d’Yves Calvi sur la 5, C’est dans l’air, où plusieurs demi-savants pérorèrent pendant une heure quinze minutes. Or ce débat eut lieu deux jours avant la sortie du livre, donc aucun des intervenants ne l’avait lu intégralement mais s’en était tenu à quelques extraits diffusés en avant-première dans la presse. On dira que ce livre caracole en tête du palmarès des meilleures ventes publiés par différents hebdomadaires mais est-ce un critère de qualité ? Rappelons-nous simplement que lorsque Marcel Proust essuyait plusieurs refus d’éditeurs pour la Recherche, Paul Bourget était porté au pinacle ! Je laisserai l’approche politique du livre, m’en tenant à un regard se voulant littéraire et en essayant de mettre en pratique un double héritage philosophique : celui de la célèbre règle de la méthode cartésienne : ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse être telle (autrement dit ne considérer comme vrai que ce qui est rationnellement évident), or à la lecture de ce livre, je ne dispose d’aucun critère sûr pour distinguer le vrai du faux ; d’autre part d’essayer de penser par moi-même, autrement dit de refuser qu’un critique littéraire ou un journaliste me dicte ce que je dois penser.

Ce livre m’apparaît donc comme un long cri profond et douloureux d’une femme brisée non seulement sentimentalement mais dans son identité personnelle la plus profonde, cri et colère et manifestation de ce mélange étonnant de haine et de vengeance qui a pour nom le ressentiment. Echec donc de l’auteure d’avoir voulu tout verrouiller, cadenasser, séisme de la découverte de la liaison de son ex-compagnon avec Julie Gayet, vie alors dévastée et brisée en éclats s’accompagnant de la souffrance d’avoir été trop souvent salie par la presse, la conduisant à une tentative de suicide, à des hospitalisations successives et des médications intensives, sentiment d’avoir beaucoup sacrifié sans rien recevoir en retour, retour sur les difficultés de son enfance dans un milieu populaire pauvre, des difficultés de ses études et de sa formation. Folle amoureuse d’un homme pour lequel elle avait sacrifié sa famille, elle se trouve folle de rage, mise à l’écart, recouverte de boue par toutes sortes d’insultes, brutalement congédiée par la dépêche AFP. L’auteure insiste sur la différence sociale entre son propre milieu familial et celui de son compagnon qui n’a jamais manqué de rien, son sentiment de solitude radicale où, dit-elle, pas une voix de femme même de féministe pour la défendre. La douleur aussi de voir son milieu familial et social méprisé par son ex-compagnon, président qui déclare ne pas aimer les riches mais appelle les pauvres en privé les « sans dents ».

A côté de ces descriptions, j’ai trouvé des réflexions fort intéressantes sur son expérience d’humanitaire dans différents pays : Haïti, Bamako, Nigeria, République Démocratique du Congo (combat notamment en faveur des femmes violées). Toute l’ambiguïté du livre s’exprime clairement dans sa conclusion :

« Merci pour ce moment, merci pour cet amour fou, merci pour ce voyage à l’Elysée, merci aussi pour le gouffre dans lequel tu m’as précipité ». Le style du livre reste narratif avec des moments de tension émotionnelle mais je ne suis pas assez « littéraire » pour pouvoir le juger. C’est aussi pour moi une invite à relire les très belles pages du philosophe Paul Ricoeur sur la vulnérabilité.

Pierre Belaval

4 réflexions sur “« Merci pour ce moment »

  1. Je trouve dommage de revenir si tardivement sur un livre qui a fait l’objet d’une polémique si déplaisante, enfin tassée. D’autant que la vérité est justement impossible à connaître et qu’il me paraît inutile de rappeler cette assertation diffamatoire sur les « sans dents ».

  2. Je ne lirai pas non plus ce livre et du coup je n’en parlerai pas (je n’ai jamais supporté qu’on critique un livre qu’on n’a pas lu) en revanche je pense qu’il y a lieu de méditer sur les citations philosophiques!

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