« L’amour et les forêts »

L’amour et les forêts, Eric Reinhardt, Gallimard

Par Brigitte Niquet

Quel étrange livre que voilà. Le thème d’abord : un écrivain rencontre une de ses ferventes lectrices, qui se confie à lui, lui fait part de son admiration pour ce qu’il écrit, et lui raconte son vécu d’épouse, victime de ce qu’il est convenu d’appeler depuis quelque temps « un pervers narcissique », en suggérant qu’un jour, il pourra peut-être en faire un livre. product_9782070143979_195x320Ce pourrait être très banal (tous les écrivains, je pense, ont été confrontés à cette situation, Madame Tout-le-monde ayant tendance à penser que son expérience est unique et ne peut que nourrir un écrivain en manque d’inspiration). Mais Bénédicte Ombredanne n’est pas Madame Tout-le monde, ce que son patronyme, cent fois répété dans le livre (elle n’est jamais désignée autrement, ni par son seul prénom, ni par un pronom personnel), laisse déjà supposer à lui seul. On peut regretter d’ailleurs que ce « Bénédicte Ombredanne » lancinant, véritable leitmotiv du livre, n’ait pas été choisi comme titre plutôt que le bêtifiant « L’amour et les forêts », qui a failli me dissuader de m’intéresser au contenu.

Récit poignant, dit la 4e de couverture. Oui, c’est vrai. Mais récit difficile à lire, quel que soit l’intérêt que l’on porte à ce genre de situation, pour l’avoir vécue ou côtoyée : chapitres très longs, parfois sans un seul alinéa, phrases longues aussi, style très « littéraire » : bref, il faut disposer de tout son temps et d’une certaine acuité d’esprit non compatible avec une lecture tardive, laquelle risque de se transformer rapidement en endormissement et de ne vous laisser aucun souvenir le lendemain. Et ce serait dommage, car les derniers chapitres sont effectivement poignants, mais en contradiction avec ce qu’affirme la 4e de couverture : Bénédicte Ombredanne n’est pas un porte-drapeau de l’émancipation féminine, c’est à mon sens juste le contraire. C’est une pauvre créature, qui essaie de résister à un psychopathe qu’elle n’a pas le courage de quitter, et qui finit par y laisser sa santé, sa vie, et même l’amour de ses enfants que leur père a réussi à monter contre elle. Désespérant.

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