« La synthèse du camphre »

La synthèse du camphre, d’Arthur Dreyfus, Gallimard, 2010, 256 pages.

Par Catherine Chahnazarian

Ce roman est un récit à double fil. Le plus important en nombre de chapitres (deux pour un ) et du point de vue du développement narratif nous fait suivre un jeune résistant juif du tout début de la 2e guerre mondiale à la fin de sa vie.

product_9782070127368_195x320Ce récit, sinon vrai (au sens de biographique) en tout cas historiquement tout à fait plausible, est mené sans pudeur et, à la fois, sans que le cru se transforme en cruauté envers le lecteur. L’idée de base est géniale : un petit-fils raconte ce qu’a vécu son grand-père en s’adressant à lui ; c’est écrit au « tu ». Très factuel, le récit avance assez rapidement, ne s’éternise sur aucun élément inutile ; l’auteur ne cherche pas à nous enfoncer la tête dans l’Histoire, ni à faire semblant de la connaître autrement que nous sommes en mesure de la connaître, c’est-à-dire de l’extérieur puisque, heureusement, nous n’avons – pour la plupart d’entre nous – pas vécu ces événements-là. J’ai beaucoup apprécié le statut de ce récit au « tu » pour la position de témoin de témoin qu’adopte le narrateur, la position de celui qui a écouté ce qui lui a été raconté dans sa famille, qui y a prêté foi et qui le transmet, pour rendre hommage, peut-être par devoir de mémoire, mais aussi par amour, simplement. Cela rappelle que des événements historiquement très documentés ne sont pas près de se réduire aux documents, car les familles en ont une conscience spécifique, une autre mémoire.

Stylistiquement, des comparaisons et une très longue énumération que j’ai ressenties comme des maladresses, mais c’est sans importance.

Le second fil, très différent, résolument contemporain, et qui ne rejoint le premier que tout à la fin, est pour moi sans intérêt. L’écriture se veut réaliste et devient faible, l’affaire est banale. Les parallèles entre les deux fils (qui, en principe, justifient leur alternance) sont à mon avis naïfs. On peut se contenter de lire les chapitres de ce second fil, heureusement tout à fait distincts des autres, très en diagonale. Pour ne pas entrecouper inutilement le récit principal, on pourrait même les lire tous un peu avant la fin, juste pour faire la jointure, sans se faire d’illusion sur la force de celle-ci.

Une critique mitigée donc, en raison de la construction inutilement compliquée et du sentiment d’incessantes cassures dans le récit historique que j’ai pourtant beaucoup aimé.

A noter qu’Arthur Dreyfus n’avait que 23 ans lorsqu’il a écrit La synthèse du camphre, qui est son premier roman.

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