Nos lectures de décembre 2014 : Le choix des lycéens

La réunion de ce 11 décembre était consacrée aux livres retenus pour les Prix des Lycéens (Goncourt et Renaudot).

Nous étions 21 et avons débattu de :

L’Amour et les forêts, d’Eric Reinhardt, chez Gallimard

Ce livre a fait l’objet d’une critique de Brigitte sur ce blog. A lire ici !

product_9782070143979_195x320Un écrivain se retrouve le dépositaire – et le révélateur – de l’histoire d’une femme qui a été la victime d’un pervers narcissique. Un livre intéressant, sur un sujet grave, qui suscite des réactions. Pourquoi ne quitte-t-elle pas ce mari odieux ? Pour Gisèle, le livre est « d’une totale immoralité », l’héroïne ayant une attitude contraire à toute attente… Mais on sait la difficulté de sortir de la mécanique perverse instaurée par un proche. Les membres du Café littéraire qui ont lu ce livre s’accordent en tout cas à dire qu’il s’agit de tout sauf d’un livre sur l’émancipation féminine, au contraire de ce qu’affirme la 4e de couverture ! L’écriture, toujours très littéraire chez Reinhardt, l’est un peu moins dans ce livre-ci. Mais d’aucuns font remarquer le degré d’exigence que requiert une telle lecture et l’ennui de passages trop longs comme, pour Pierre, une certaine séquence sur le tir à l’arc. Alors pourquoi un Prix des Lycéens ? Le côté morbide du récit peut avoir intéressé les jeunes (Pierre) ; le thème du harcèlement leur est proche (Lysiane)…

Charlotte, de David Foenkinos, chez Gallimard

product_9782070145683_195x320Maggy rappelle les origines de ce livre : une bourse que l’auteur avait reçue pour faire des recherches d’historien d’art, ce qui l’amène à Berlin où quelqu’un lui recommande de visiter une exposition… et c’est le coup de coeur pour Charlotte Salomon, ses dessins puis son histoire dont il découvre la relation écrite par elle-même. Foenkinos aurait toujours un peu parlé d’elle dans ses livres sans la nommer, puis s’est décidé à faire ce livre-ci. Le procédé d’écriture – un retour à la ligne à chaque fin de phrase – s’explique par le fait que l’auteur se sentait à l’arrêt après chaque phrase, écriture que Monique, sensible au fait qu’il écrive « avec ses tripes », trouve simple et très efficace. Foenkinos s’explique beaucoup dans l’oeuvre même sur sa genèse, cette option d’écriture, l’obsession qu’est devenue Charlotte Salomon pour lui – ce qu’Annie-France trouve intéressant mais Catherine rébarbatif… Annie-France souligne que l’histoire de cette jeune femme a réellement de quoi créer l’émotion. Pour Odile, ce livre est une élégie lyrique moderne sur Berlin, l’ange, la mort. Lysiane s’attendait à un chef d’oeuvre et a été plutôt déçue : formules définitives, procédés surfaits par moments. Brigitte admet des faiblesses mais reconnaît une écriture forte. Pierre apprécie la conjugaison progressive de l’histoire de Charlotte avec la montée du nazisme et les phénomènes de délation. Odile et Annie-France font remarquer la grande différence entre ce livre et les autres livres du même auteur, agréables mais légers.

Deux prix (le Renaudot et le Goncourt des Lycéens) mais des sentiments partagés dans notre assemblée, pas d’enthousiasme radical. A lire éventuellement, cette critique interpellante sur Bibliobs. En outre, l’Obs propose les premières pages du livre, ici.

Pas pleurer, de Lydie Salvayre, au Seuil

salvayreDans ce livre se référant à Bernanos, pourtant jugé très bien écrit, le mélange de français et d’argot espagnol a dérangé plusieurs lecteurs ; « amusant et touchant » pour Annie-France, qui n’a cependant pas apprécié les passages sans traduction. L’approche a séduit Monique : le livre relate l’enthousiasme de la jeunesse pour les idées nouvelles, les atrocités commises de tous côtés… « C’est la guerre d’Espagne comme si on y était ! » Ni Gisèle ni Annie-France ne lui auraient pourtant donné le Goncourt, Annie-France s’étant même plutôt un peu ennuyée… Des avis partagés, donc.

Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud, chez Actes Sud

9782330033729Ce livre est, bien sûr, un contre-point au roman de Camus. Aline se livre à l’exercice des ressemblances et des oppositions : au début, la mère du narrateur est encore vivante, il est 2 heures du matin ; le prêtre qui se présente à Meursault dans sa prison est ici un imam… L’Arabe tué par Meursault chez Camus, ce personnage qui n’avait pas de nom, sort de l’anonymat, devient quelqu’un dont le frère, devenu vieux, tient à raconter l’assassinat qui s’est produit quand il avait 7 ans. Au milieu du livre : basculement. Harun, le narrateur, raconte comment il est devenu lui-même un meurtrier. Aline et Annie-France sont toutes deux d’avis que ce livre mérite d’être lu et relu afin d’en apprécier toutes les subtiles références à Camus – et/ou pour le plaisir de se plonger dans la ville d’Oran, dont les maisons ne sont jamais finies (manière, pour les propriétaires, d’échapper à l’impôt), dont il est prédit qu’un jour les femmes ne pourront plus s’y promener en cheveux, etc. Aline en retient l’absurdité du monde, que rien n’excuse les horreurs…

Une invitation à relire L’Étranger, tout  récemment en deuxième place du sondage sur les « livre[s] qui [ont] changé votre vie ». Voir ici !

Le Roi disait que j’étais diable, de Clara Dupont-Monod, chez Grasset

9782246853855-XSeule Catherine avait lu ce livre, présenté comme un roman sur les années de mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Louis VII, et écrit à deux voix, celle d’Aliénor et celle de Louis alternativement. Le moteur du récit, ce sont les ressentis des deux protagonistes, totalement inventés donc, et reposant sur une trame historique que Catherine trouve faible, n’aimant pas la démarche, ni véritablement romanesque ni historique. Un petit dossier historique donné à la fin du livre en reprend la trame comme pour prouver que, malgré l’invention des ressentis prêtés à Aliénor et Louis, l’ensemble repose sur des faits réels. Mais ces faits, comme dans le roman, sont à peine esquissés et n’apportent donc rien au lecteur qui pourrait se demander, par exemple, pourquoi les bourgeois de Poitiers se révoltent (« 1138, révolte des bourgeois de Poitiers, Louis VII la soumet »). Pire, cela renforce dans l’idée que la documentation historique de l’auteur est très faible et donc les personnages très réinventés. C’est une fois le roman achevé que l’on découvre le petit mot de l’auteur expliquant sa démarche et demandant pardon aux historiens. Pour Catherine, cela vient trop tard : « J’aurais peut-être lu autrement si on m’avait prévenue ». Mais c’est bien écrit, admet-elle, et il y a de bonnes scènes : la première visite de Paris par Aliénor ; la description d’Antioche (notamment à cause de l’émerveillement prêté à Aliénor) ; et deux ou trois scènes de bataille – dans un registre épique peu original mais qui passe très bien.

9782253031291-TSi le personnage d’Aliénor – ou l’époque – vous intéresse, procurez-vous Aliénor d’Aquitaine, de Régine Pernoud, disponible en Poche. Pour une critique contradictoire du Roi disait que j’étais diable, voyez ici, par exemple. Clara Dupont-Monod présentant son livre, c’est ici. Enfin, ce livre vient de remporter le premier Prix littéraire des Princes – à voir ici, ne serait-ce que pour les petits-fours.

9782234077317-XConstellation, d’Adrien Bosc, chez Stock

Ce livre a pour point de départ l’accident d’avion qui a tué Marcel Cerdan et Ginette Neveu… mais aussi 35 autres passagers et 11 membres d’équipage. Outre qu’il donne une explication – convaincante pour Gisèle – sur les causes de l’accident, l’auteur considère la vie de chacune des victimes. Récit caléïdoscopique, donc, « sur la loi du destin », évoquant des personnages divers. « Très très passionnant », pour Gisèle, et très bien écrit, ce qui ne gâte rien.

quiconqueQuiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive, de Christophe Donner, chez Grasset

En fin de séance, c’est rapidement que nous mentionnons ce livre sur le monde du cinéma que deux membres du Café ont trouvé très intéressant. Nous en dirons peut-être plus un autre jour dans un autre article ?

– – –

HORS THÈME :

Annie-France a rapidement présenté Treize à table, L’Élevage des enfants, Face Nord, Laitier de nuit, Bain de lune comme autant de livres ne manquant pas d’intérêt pour des raisons diverses.

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2 réflexions sur “Nos lectures de décembre 2014 : Le choix des lycéens

  1. Je trouve assez ignoble l’article de Bibliobs;
    Pas pleurer n’est pas un livre SUR Bernanos! mais s’y réfère et invite à le relire, ce que nous ferons en juin
    Ce n’est pas Nicole mais Aline qui a parlé de Meursault contre enquête
    J’aurais aimé que les livres hors thème retrouvent leur légitimité: Face Nord= beau livre sur notre région: cadeau éventuel…Le texte est écrit par Kourkov, le célèbre auteur du Pingouin et qui a aussi écrit Le laitier de nuit qui m’a tenue en éveil malgré des souffrances physiques
    13 à table est constitué de 13 nouvelles d’auteurs bénévoles, connus, il coûte 5 euros et chaque livre vendu procurera des repas aux restos du coeur
    L’élevage des enfants, c’est pour se détendre et rire un peu

  2. Tout à fait désolée d’avoir confondu les prénoms ! Et d’avoir écrit « sur » au lieu de « se référant à ». Je corrige l’article.
    Pour les titres hors thème qui ont été juste mentionnés en réunion, j’ai besoin de plus de substance pour les évoquer dans un article. Mais si l’on m’en fournit, je le ferai avec plaisir.

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