La littérature chinoise – « Un beau jour de printemps »

Par Michel Campo

Yiyun Li est née à Pekin en 1972. Elle quitte la Chine pour suivre des études de médecine aux USA en 1996. Diplômée en immunologie, elle se consacre à la littérature après la parution de son recueil de nouvelles Un millier d’années de bonnes prières, 10 portraits couvrant la période allant de la création du régime communiste à la Chine d’aujourd’hui (Ed. Belfond 2011).

L’ouvrage présenté ici a été traduit en 20 langues :

Un beau jour de printemps, traduit de l’américain par Françoise Rose, Ed. Belfond

9782714445377L’action se situe historiquement à une période charnière : Deng Xiaoping va développer, à l’occasion du XIème comité central du Parti, l’idée des « zones économiques spéciales » ouvertes à une économie de type capitaliste (ex : Canton à deux heures de Hong Kong). Bientôt s’ouvrira l’ère des 4 modernisations.

La ville de Rivière Fangeuse va connaitre en ce jour de printemps la présentation de Gu Shan à la foule réunie pour l’occasion au stade du Vent d’Est. Séance de dénonciation publique à laquelle toutes les écoles et unités de travail sont « conviées ». Gu Shan, ancienne garde rouge passée à la dissidence, fille du Professeur Gu, va être exécutée par balle (la famille paie la balle qui va la faire disparaitre) sur l’île réservée à cet usage à proximité de la ville, après avoir subi 10 ans d’emprisonnement dans d’épouvantables conditions.

Nous allons donc découvrir les habitants en nous promenant en quelque sorte dans la ville étouffée sous une chape de terreur ordinaire que l’auteur suggère plus qu’il ne l’affiche.

Le parcours a une riche valeur documentaire. La vie quotidienne est dure, très dure. Nous découvrons les habitations minuscules, les rues où se côtoient passants et animaux divers, la vie commune dans la promiscuité, les ravages de l’alcool, le rejet de l’enfant handicapé, le poids étouffant du Parti sur chaque instant de la vie quotidienne.

Au delà de tout cela, certains ont des comportements choquants voire pervers. La violence politique et la plus abjecte corruption sont décrites crûment (ainsi le trafic d’organes prélevés sur la condamnée Gu Shan encore vivante).

Des mouvements de contestation agitent la capitale. Ils commencent à trouver un écho à Rivière Fangeuse où ceux qui n’ont « jamais manqué de nourriture, d’un toit ou d’un emploi s’angoissent. Les bureaux sont devenus des champs de mines où chacun doit se tenir sur ses gardes, compter et recompter, selon des calculs qui variaient sans cesse, les amis, les ennemis et les caméléons passant alternativement d’un camp à l’autre…. Ils agissent le jour comme des somnambules et grelottent de peur la nuit« . Des tracts circulent…

« Yiyun Li restitue la musique de chaque petite vie et en fait une symphonie » (Colum McCann). La somme de chaque micro-évènement nous amène insensiblement au bord du volcan.

Yiyun LiCe livre se lit facilement mais retient le lecteur qui y revient avec intérêt et une certaine fascination pour un monde si étranger qui a connu en un demi-siècle autant de bouleversements que l’Occident en plusieurs centaines d’années.

Un beau jour de printemps est également disponible en 10-18.


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