Coup de coeur pour « Berezina »

Par Pierre Belaval

Sylvain Tesson, Berezina, Ed. Guérin, 2015, 19.50 € (les premières pages sont disponibles sur le site de l’éditeur).

Ce livre développe deux récits :

Celui de la campagne de Russie (1812), de la retraite de la Grande Armée à partir du 19 octobre 1812 et du retour de Napoléon à Paris, qu’il atteindra à coup de marches forcées le 18 décembre 2012 après avoir laissé les restes de la Grande Armée le 5 décembre 2012.

Celui du parcours du même itinéraire, deux cent ans plus tard, en offrande aux soldats de Napoléon, par Sylvain Tesson, avec des amis français et russes, de la Place Rouge de Moscou le 3 décembre 2012 à la place des Invalides de Paris le 15 décembre 2012, non pas à cheval ni à pied mais en side-car !

1417768449Ces derniers, ainsi que leurs mécaniques, seront soumis à rude épreuve. Déboires souvent noyés dans des flots de vodka. Mais ces épreuves sont peu de choses comparées à celles que connurent les soldats de la Grande Armée et ceux du maréchal russe Koutouzov, au service du tsar Alexandre Ier, qui les combattaient, aidés par des cosaques et par des partisans. Et au cœur de ces épreuves, l’effrayant passage de la Berezina, affluent du Dniepr pris par les glaces, du 25 au 29 novembre 1812, où les pontonniers de Napoléon se sacrifièrent pour laisser passer les troupes de l’empereur, où de nombreux hommes périrent sous la noyade ou sous le feu ennemi. Une journaliste de télévision, à qui Sylvain Tesson avait fait part de son projet de reprendre l’itinéraire de la Retraite de Russie et de passer la Berezina, lui avait déclaré : « La Berezina ? Tout cela n’est pas très glorieux ! ». Il aurait dû – nous dit-il – pouvoir lui répondre : « Qu’est-ce que la gloire pour vous, Madame, sinon la conjuration de l’horreur par les hauts faits ? » (pages 116-117). Horreur de ses hommes soumis à un froid extrême, à la fatigue des marches forcées, à l’absence de vêtements chauds et de nourriture, les poussant à dévorer crue la viande des chevaux morts et même au cannibalisme, voyant s’amonceler les cadavres autour d’eux.

Les deux récits s’entrecroisent, le style de Sylvain Tesson est sobre et précis comme dans ses livres précédents. Ce livre poignant nous donne à réfléchir sur les capacités d’endurance de ces hommes du XIXème siècle et de certains de nos contemporains, dépoussière nos souvenirs d’école sur la Retraite de Russie et fournit une réponse forte et originale à la question traditionnelle : qu’est-ce que l’homme ?


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