« Quand les femmes parlent après l’amour »

Par Brigitte Niquet

Thierry Radière – Quand les femmes parlent après l’amour, Zonaires éditions – 87 p. – 11€ [nouvelles]

Si le titre n’était déjà pris, ce livre devrait s’intituler « Les monologues du vagin ». Si l’on en croit Thierry Radière, en effet, les rapports sexuels rendent les femmes incroyablement bavardes – et leurs partenaires muets comme des carpes. Quand-les-femmes-R-207x300Différence de nature ? Sans doute. « Je voudrais continuer avec toi en paroles l’amour que tu me fais si bien », dit la jeune femme de Mots et corps. Mais l’homme se tait obstinément. Alors, elle parle, elle parle, et ses consœurs aussi, et quand les femmes parlent après l’amour… elles en ont, des choses à dire ! Dommage que ce soit un homme qui leur prête sa plume ou plutôt qui imagine leur logorrhée d’après coït, la vraisemblance de leurs propos en souffre parfois un peu. C’est très crédible quand la femme s’adresse à son amant ou à son mari et commente leurs récents ébats, un peu moins quand elle se met à raconter son enfance (Le mariage et les sœurs) ou les conversations entendues en salle des profs (Viande et pudeur), sans rapport évident avec les ébats en question. Certains textes un peu verbeux (Fiction et vraisemblances, par exemple) peinent à convaincre.

Mais ne faisons pas la fine bouche, beaucoup sont assez savoureux, tantôt tendres (« Quand nous faisons l’amour, c’est comme si tu rechargeais les batteries de mon âme », dit joliment l’héroïne de Bug et Conte de fées), tantôt drôles quand les loirs cachés dans les cloisons calquent le rythme de leurs ébats sur celui des amoureux (Cloison et fantasmes), tantôt sarcastiques (Personne ne m’avait prévenue que ça allait être aussi galère d’élever un gosse et qu’il piquerait sa crise d’adolescence à deux ans), tantôt franchement érotiques (Inséparables et lointaines), tantôt presque philosophiques (L’amour ne rend heureux que ceux qui n’attendent rien du bonheur)… Il y en a pour tous les goûts ou presque.

Le style est volontairement familier (après l’amour, on s’exprime rarement en alexandrins, « Il n’y a qu’au lit que je parle comme ça, juste après avoir fait l’amour », dit l’héroïne de Déclaration et vérité) et c’est très bien, le relâchement sied à ce moment-là. Juste une petite remarque : il est bien inutile que le tu soit remplacé de temps à autre par t’ (« T’as réussi à m’apaiser », « T’as toujours envie de le manger », etc.), on ne sait pas pourquoi à cette ligne-là plutôt qu’à une autre, et le lecteur bute à chaque fois sur ce t’ qui casse la phrase plutôt qu’il ne lui donne le naturel sans doute recherché.

Mais je pinaille. Mesdames, vous lirez sûrement ce livre avec curiosité, émotion et amusement. Un conseil : offrez-le à vos hommes, ils seront surpris de tout ce que vous vous dites en silence, de tous ces monologues qu’ils n’ont jamais entendus parce qu’ils ne savent pas écouter et que c’est bien connu, post coitum animal triste est… et homo obdormiscit[1].

[1] et l’homme s’endort.

[Cet article est également paru sur le site de Nouvelle Donne, un excellent site dédié à la nouvelle.]


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