« Il était une ville »

Par Brigitte Niquet

Il était une ville de Thomas B. Reverdy (Flammarion, 2015)

Cet article aurait pu s’intituler : Apocalypse now.

Car c’est bien l’apocalypse que vivent les derniers habitants de Detroit, et si ce n’est la fin du monde, la fin d’un monde. Dans cette cité, autrefois berceau de l’industrie automobile américaine et qui n’est plus qu’une ville-fantôme victime du taylorisme et de la crise qu’il a engendrée, errent des ombres que plus rien ne rattache à rien :

9782081348219_cmEugène, le jeune ingénieur français que son entreprise a envoyé là développer un projet mirifique, puis qu’elle y a « oublié » en même temps que le projet ;

Candice, la barmaid au rire « magique », revenue de tout et prête à tout pour ne pas connaître le même sort que son amie Framboise, massacrée par les caïds de la drogue (il en est évidemment toujours pour s’engraisser sur le malheur des autres) ;

Charlie, un sympathique gamin couvé par sa grand-mère Georgia mais qui disparaît un jour, tout comme des dizaines d’autres avant lui ;

Et le lieutenant Brown, flic obstiné qui mène l’enquête envers et contre tous, décidé à savoir coûte que coûte ce que sont devenus les gosses volatilisés (« évaporés », pour reprendre le titre d’un précédent roman du même auteur).

Comment ces cinq personnes vont-elles survivre dans Detroit privée d’eau, de chauffage et d’électricité, abandonnée aux chiens errants et balayée par les tempêtes de neige ? Eugène et Candice, aussi meurtris l’un que l’autre par leurs expériences précédentes, vont-ils finir par oser se parler, se toucher, s’aimer peut-être ? Le lieutenant Brown retrouvera-t-il Charlie et le ramènera-t-il à Georgia sain et sauf ? Ce sont quelques-unes des questions qui maintiennent le lecteur en haleine et font qu’on ne lâche pas ce livre quand on l’a commencé. Il était nominé pour le Goncourt des lycéens, ce qui mérite une question supplémentaire : à quoi pensaient lesdits lycéens pour ne pas l’avoir couronné ?


3 réflexions sur “« Il était une ville »

  1. Les lycéens ont choisi Delphine de Vigan, comme le jury du Renaudot; on ne peut penser à leur place!

  2. Je suppose que les lycéens qui participent au concours sont les littéraires de service et qu’ils sont savamment coachés par leurs enseignants dans leur travail de lecture et de sélection. J’ai moi aussi peine à croire que, livrés à eux-mêmes, des lycéens ordinaires puissent préférer le Vigan à ce livre-ci, nettement plus abordable pour leur âge.

  3. En effet, Catherine, et c’est bien là le problème. J’adore le livre de Delphine de Vigan (j’ai dit tout le bien que j’en pensais sur ce blog), mais c’est un livre très « intellectuel », certes traité presque comme un polar mais qui parle principalement de la création littéraire et de ses ambiguïtés : j’ai peine à croire que ce sujet branche vraiment les jeunes lycéens, sauf s’ils sont triés sur le volet et coachés par leurs profs. Alors, Goncourt des lycéens ou Goncourt des profs de lycée ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s