Nos lectures de décembre 2015 : Livres primés et coups de coeur parmi les nouveautés de cet automne.

Sommaire des livres présentés

2084, Boussole, Titus n’aimait pas Bérénice, La cache, Évariste, Il était une ville, L’illusion délirante d’être aimé, L’homme de ma vie, Ma mère du Nord, La ville orpheline.


product_9782070149933_195x3202084 La fin du monde, Boualem Sansal (Gallimard) – présenté par Aline et Agnès

Comme 1984 (George Orwell) auquel ce roman fait écho, tout repose sur le décodage d’allusions (à la portée de tous) et sur la réflexion que le lecteur poursuivra. Dans le monde de 2084, tout est sous contrôle. Le peuple est entièrement soumis à Dieu, il n’y a plus de livres, de restaurants, il n’y a même plus de passé, il n’y a plus de frontières, il n’y a rien d’autre que le modèle sociétal mis en place. Rien d’autre ? Si. Un petit groupe de renégats vit dans la clandestinité…

« On n’est pas du tout dans le thème de la réunion précédente sur les livres qui nous ont fait du bien, souligne Aline (cf. cet article). C’est noir et violent. »

« À deux reprises le livre m’est tombé des mains, précise Agnès qui lui reproche d’être très intellectualisé. Mais je l’ai chaque fois repris pour savoir ce qui allait arriver et c’est en le refermant que, pour moi, le livre a pris tout son sens. »

Mise en page 1Boussole, Mathias Enard (Actes Sud) – présenté par Pierre et Dominique

Un roman très dense dont l’érudition peut parfois paraître indigeste et dont le but est de mettre en lumière la complexité des relations entre Occident et Orient, qui s’attirent et se repoussent et entretiennent des rapports plus féconds qu’on ne le croit parfois. Fiction et lambeaux d’histoire, explique Pierre, le livre interroge l’image de l’Orient et l’orientalisme scientifique comme l’orientalisme artistique. On y retrouve, entre autres, des musiciens occidentaux comme Mozart, Schubert, Beethoven, Liszt, Berlioz et Wagner ; des écrivains comme Balzac, Lamartine, Chateaubriand, Hugo ou Baudelaire. On y voyage d’Istanbul à Alep, Damas, Palmyre, Téhéran. Sans oublier que le narrateur est amoureux d’une insaisissable Sarah…

Pour Dominique, Boussole fait un clin d’oeil à Proust : l’on doit le récit de Mathias Enard à une nuit d’insomnie du narrateur ; Proust écrivait dans son lit. « Même talent de mise en scène, précise Dominique, et de description des personnages ». Pour elle, les références livresques rendent le livre difficile à lire si l’on n’est pas un spécialiste du Moyen-Orient. Elle recommande de lire le résumé de la 4e de couverture puis de débuter le livre à la page 49 ! Page à partir de laquelle cela devient « intelligible et drôle ». Pierre évoque notamment, parmi d’autres, une scène amusante à un concert de Beethoven.

Pierre et Dominique ont beaucoup aimé… Mais est-ce vraiment un roman ?

product_9782818036204_195x320Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai (P.O.L.) – présenté par Marillys et Dominique

La Bérénice actuelle (personnage prétexte qui n’apparaît que sur une dizaine de pages au début, une douzaine au milieu et une dizaine à la fin) ne veut pas être la Bérénice de Racine. Ce n’est à elle qu’elle s’identifie mais à Racine lui-même : elle se sauve grâce à lui. Le roman est avant tout une magistrale biographie de Jean Racine, de son adolescence à Port-Royal (la lecture des Anciens, les maîtres admirés, la discipline mais déjà l’impertinence) à ses relations avec le théâtre, les acteurs et surtout actrices. On découvre l’humanité de Racine et sa complexité : courtisan, ambitieux, passionné… On assiste à la maturation de la tragédie ; on apprend, par exemple, qu’il écrivait en prose puis mettait tout en vers.

Celui-ci aussi est un livre savant. Et s’il est un peu décevant de découvrir Racine en courtisan, on accepte de lui pardonner, sachant qu’à l’époque, si l’on voulait gagner sa vie dans les lettres, il était difficile de faire autrement.

9782234076372-X_0La cache, Christophe Boltanski (Stock) – présenté par Maggy et Nicole

Le livre se déroule sur quatre générations d’une famille juive qui vit en autarcie par peur. La grand-mère a fui la Russie des années 1880 pour rejoindre en France un amoureux chanteur d’opéra… qui s’avère être ouvrier et vivre dans une mansarde. Ils ont un fils qui fera des études brillantes, deviendra professeur de gastro-entérologie, devra traverser la 1ère Guerre mondiale, se mariera et aura trois enfants, connaîtra l’antisémitisme de l’entre-deux-guerres, et la 2e GM.

La construction du livre est spatiale. Les points de départ du récit sont d’abord la voiture puis la maison familiale : chaque pièce inspire une histoire au narrateur.

Nicole reproche à l’auteur de débuter ses chapitres par « il » ou « elle » et qu’il faille chaque fois se demander de qui il pourrait bien s’agir – ce qui n’a visiblement pas dérangé Maggy qui a beaucoup aimé La cache, « roman où tout tourne autour du désir de s’échapper, de fuir un univers fermé. »

product_9782070147045_195x320Évariste, François-Henri Désérable (Gallimard) – présenté par Odile

Le jeune auteur livre là une biographie romancée du mathématicien Évariste Galois (1811-1832) qui, après avoir révolutionné l’algèbre, meurt en duel à 20 ans pour une histoire d’amour. En traversant sa vie, on rencontre des personnages comme Dumas ou Nerval.

Si certains passages lui ont semblé plus difficiles à cause des mathématiques, Odile sort « enchantée » de cette lecture « originale et époustouflante ». L’auteur fait des digressions pleines d’espièglerie ; il prend à témoin une « Mademoiselle » indéterminée ; et il remplit  (en inventant) les zones d’ombre de la courte vie d’Évariste.

À ne pas confondre avec Évariste, le chanteur qui s’était choisi ce pseudo en hommage au mathématicien et qui chantait Dis-moi connais-tu l’animal qui inventa le calcul intégral ? (1967) Un grand moment à (ré)écouter ici ! «700 millions de Yéyés à travers le monde entier, ça ne fait jamais, tout bien compté, qu’un milliard quatre cent millions de pieds ! Yé-yé-yé-yé-yé-yé-yé !…»

9782081348219_cmIl était une ville, Thomas B. Reverdy (Flammarion) – présenté par Brigitte

Dans une ambiance de fin du monde, quatre personnages tentent de survivre et de trouver un sens à la vie…

Cliquez ce lien pour lire la critique de Brigitte ! Et n’hésitez pas à poursuivre la discussion sur le Goncourt des Lycéens en postant à votre tour un commentaire (au bas de la critique d’Il était une ville). L’article de Brigitte sur D’après une histoire vraie (Delphine de Vigan), qui a obtenu le Goncourt des Lycéens, se trouve ici.

indexL’illusion délirante d’être aimé, Florence Noiville (Stock) – présenté par Annie-France

Une romancière veut écrire sur le syndrome de Clérambault au moment où elle en est victime…

Ce trouble psychiatrique, qui atteint généralement des femmes, consiste à croire que l’on est aimé d’une personne dont tous les comportements vont sembler prouver cet amour. Le malade (« érotomane ») tente de faire connaître cette relation, vécue comme une relation vraie. Mais la rancune – et parfois pire – apparaît bientôt puisque le sentiment est fantasmé et non partagé.

Cliquez ce lien pour lire l’article d’Annie-France sur ce livre.

l_homme-de-ma-vie-y.-queff_lec-couverture_1L’homme de ma vie, Yann Queffélec (Paulsen) – présenté par Lysiane (seul cas où le livre présenté n’a pas été aimé par son lecteur)

Yann est le fils d’Henri, écrivain prolixe qui eut son heure de gloire (et dont vous trouverez une bibliographie ici par exemple). Yann Queffélec fait dans ce livre le récit de son enfance pour évoquer ce père adoré – et pourtant terriblement frustrant. L’enfant, constamment rabroué, prend des raclées mais voue à son père une admiration sans bornes. Il défend aujourd’hui ses fessées, ce que comprend mal Lysiane pour qui « si l’auteur voulait que l’on comprenne cette admiration ou qu’on soit attiré par son père, que l’on ait envie de le (re)lire, c’est raté. »

9782234070080-001-X_0Ma mère du Nord, Jean-Louis Fournier (Stock) – présenté par Monique

Une biographie encore. Celle de la mère de l’auteur, écrite après le décès de celle-ci. L’auteur explique qu’il aurait bien intitulé son oeuvre « La mère est froide » mais qu’il a eu des scrupules et puis que « Mère courage » était déjà pris ! Cela en dit déjà long sur le personnage central de ce livre… Élevée entre de vieux parents, dans un endroit très fermé où elle n’est pas très aidée, cette femme intelligente trouve le moyen de devenir une brillante professeure. Amoureuse d’un beau parleur, un peu noceur aussi, elle se marie à 20 ans. Elle élèvera quasi seule ses trois enfants, sans baisser les bras, alors que son mari est devenu un alcoolique notoire. Le livre est organisé en treize chapitres portant chacun un titre météorologique (comme « Avis de tempête »).

Monique a trouvé magnifique ce livre « fait avec les contrariétés de la vie ».  Catherine critique l’approche nombriliste de l’auteur (qui aura finalement fait de nombreux livres sur lui et sa famille), mais une autre intervenante soutient Ma mère du Nord, qu’elle a abordé avec les mêmes réserves mais beaucoup aimé.

9782365691383La ville orpheline, Victoria Hislope (Les Escales) – présenté par Hélène

Ce roman se passe à Famagouste (Chypre), station balnéaire, cité rayonnante prisée autrefois de la jetset. Un couple ambitieux y tient d’ailleurs un hôtel spectaculaire, le Sunrise. Les Grecs et les Turcs, comme les familles Georgiou et Özkan, vivent à Famagouste dans une harmonie que la guerre va détruire. La ville est bombardée et tous fuient – sauf ces deux familles qui s’accrochent… et dont l’auteur nous raconte l’histoire.

On aura compris que ce roman de fiction repose sur une réalité historique. Hélène en dit le plus grand bien.


Chers amis lecteur du blog du Café littéraire de Lambersart, que ce compte-rendu de réunion ne vous empêche pas de vous exprimer sur ces livres ! (et d’ailleurs sur d’autres !) C’est avec plaisir que votre avis sera publié, sous la forme du commentaire que vous posterez au bas de cet article ou sous celle d’un article dont vous enverrez le texte à cath.caf@orange.fr

Voir aussi Prix littéraires 2015.


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