Débat sur « 2084 »

Boualem Sansal, 2084 La fin du monde, Paris, Gallimard, 2015

Un avis divergent de celui d’Aline et Agnès (à (re)lire ici), celui de Pierre Belaval

Le lendemain de la rencontre du 10.12.2015 au Café littéraire de Lambersart, j’ai acheté le livre de Boualem Sansal que j’ai pu lire en quelques heures, étant beaucoup plus accessible au premier abord que celui de Mathias Enard, Boussole. Certes l’intrigue est bien menée ainsi que la transposition du 1984 de George Orwell à notre époque. On perçoit bien à l’arrière fond les échos de la guerre civile des années 1990 en Algérie ainsi que les tensions actuelles du monde arabo-musulman.

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B. Sansal

Ce qui m’a déçu, c’est la présentation oh combien réductrice, même à mots couverts, de l’Islam contemporain – et lequel : sunnite ? chiite ?– réduit à un instrument d’oppression des peuples, avatar semble-t-il de la célèbre formule de Marx retirée comme d’habitude de son contexte, la religion opium du peuple. Ainsi que le recours à des citations du Coran retirées elles aussi de leur contexte, procédé dont avaient aussi abusé des auteurs chrétiens, illustré par l’exégèse désastreuse de la formule « force-les d’entrer ! » dans la parabole des noces (Luc 14,23), servant alors à légitimer les conversions forcées. Lu peut-être d’une manière rapide, ce livre me paraît apporter de l’eau au moulin de l’islamophobie actuelle. En avait-elle besoin ? Le recours à la fiction littéraire implique-t-il nécessairement l’abandon de toute analyse rationnelle de ce qui fait problème ?

Un autre avis encore : celui d’Annie-France Belaval

2084 a été élu livre de l’année par Lire et a co-obtenu le grand prix de l’Académie française… J’ai été très déçue : je n’ai pas trop aimé le style qui m’a paru lourd, pas davantage tous les mots inventés qui ont plombés ma lecture. Il décrit une dictature religieuse avec force détails mais je n’ai pas trouvé cela très original. En revanche, je ne suis pas d’accord avec les propos de Pierre : dénoncer un risque ne conduit pas à l’islamophobie (et là, les nuances chiites ou sunnites ne me paraissent pas pertinentes).

J’ai trouvé le petit livre d’Abdennour Bidar (60 p.) plus puissant et plus clair : sa Lettre ouverte au monde musulman (éd. Les liens qui libèrent) dénonce aussi bien les dérives de l’Islam que celles de l’Occident.


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