Coup de coeur pour « Otages intimes »

Par Sylvaine Micheaux

Mon coup de coeur de la rentrée : Otages intimes de Jeanne Benameur (Actes Sud, 2015).

Ce roman est une pépite.

9782330053116Etienne, photographe de guerre, est enlevé alors qu’il photographie une femme et ses 2 enfants. Où a-t-il été retenu otage, combien de temps ? Peu importe, nous ne le saurons pas vraiment, le roman commence le jour de sa libération. Rentré en France, il se réfugie dans la maison de son enfance où vit toujours sa mère, et commence une longue réappropriation de sa vie, de son passé, de l’état de paix, de ce dont sera fait son futur. Il renoue avec le cocon originel, sa mère, ses 2 amis d’enfance, dont l’un n’a jamais quitté son village et dont l’autre est avocate à La Haye pour le droit des femmes victimes de guerre. On entend la voix d’Etienne, mais aussi de ceux qui l’entourent et qui ont souffert et craint pour lui, sa mère, ses amis et sa compagne qui l’ a quitté car elle ne supportait plus l’angoisse de ses départs.

Ne sommes- nous pas tous un peu otages de notre enfance, de notre éducation, du choix des autres ?

Un beau récit, doux, entêtant, d’une écriture remarquable mais qui se lit facilement et qu’on ne lâche pas.


Des avis convergents :

L’avis de Brigitte Niquet

Tout à fait d’accord. Je n’aurais d’ailleurs rien dit d’autre que ce qu’a dit Sylvaine, sauf peut-être à quel point j’ai pensé constamment à Jean-Paul Kauffmann, à l’opiniâtre combat qu’a mené sa femme Joëlle pour le faire libérer et aux moments qui ont suivi son retour, à son douloureux réapprentissage d’une vie « normale » dont Joëlle n’a pas fait partie dans un premier temps. Ce qui pouvait sembler choquant à l’époque s’éclaire par le livre de Jeanne Benameur dont on se demande d’ailleurs par quel miracle elle a pu entrer à ce point en empathie avec son personnage et comprendre de l’intérieur ce qui se passe dans la tête, le coeur, les tripes d’un ex-otage. Un très beau livre, parfaitement maîtrisé sur un sujet ô combien difficile.

L’avis d’Annie-France Belaval

Je me joins à ce coup de cœur : le livre de Jeanne Benameur est une merveille d’écriture : tout au long de ma lecture, j’en avais conscience, ce qui ne m’a pas empêchée d’entrer facilement dans l’histoire : un photographe de guerre en otage est libéré : il a tout à reconstruire, il a vu des horreurs et ne sait pas pourquoi on l’a libéré (et contre quoi) ; il va rentrer chez sa mère et a besoin de grandes promenades dans la nature. La mère, Irène, a une empathie extraordinaire, elle laisse le temps à son fils de faire des choix (même si elle ne les partage pas) ; elle est l’otage d’un lourd silence : son mari a disparu en mer avec un secret… Elle a passé sa vie à attendre son mari puis son fils. Emma, la compagne d’Etienne l’a quitté pour ne plus vivre l’attente toujours recommencée ; il y a aussi ses amis d’enfance : Enzo, le fils de l’italien qui comprend sans parole, et la jeune femme devenue avocate au service des femmes ayant subi des violences : elle les incite à témoigner… Et il y a la musique…


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