Coup de coeur pour « Courir après les ombres »

Par Annie-France Belaval

Courir après les ombres, de Sigolène Vinson (Plon, 2015)

Courir après les ombres est écrit comme J’ai déserté le pays de l’enfance (Plon), c’est-à-dire comme un roman. Mais cette fois, s’il a le même décor, la Corne de l’Afrique, il n’est plus écrit au « je ». Entretemps, il y a eu Le Caillou (Le Tripode), texte très original !

9782259229579Le héros (anti-héros ?) de Courir après les ombres est double. D’une part, il négocie avec l’Afrique pour une multinationale chinoise ; très conscient des ravages de la mondialisation, il veut pousser aussi loin que possible la disparition de l’occident : il faut la fin de ce monde pour qu’advienne un monde spirituel où la poésie triomphera. D’autre part, il cherche des trésors dont il sait qu’ils n’existent pas ! Ainsi il cherche très activement les écrits « non écrits » par Rimbaud devenu marchand d’armes du côté de Djibouti. Selon Paul Deville, il est resté poète.

Deux femmes traversent sa vie. La toute jeune Mariam qui a quitté ses parents à douze ans pour devenir autonome : elle vit pauvrement des poissons puis des crevettes qu’elle pêche ; elle est amoureuse de Paul qui voudrait l’aider à s’en sortir mais sans s’engager. Il lui offre un collier de perles qu’elle pourrait revendre pour sortir de la précarité ; la petite refuse et défie le monde moderne qui la tue lentement. Paul sait combien il la met en danger par son travail pour les chinois ; il a aussi conscience de détruire la nature… L’autre femme, Louise, est très mélancolique et mystérieuse ; le couple n’a aucune chance de durer…

Ce livre, très bien écrit, fait découvrir l’Ethiopie, la Somalie, Djibouti et Aden… Il suit le destin d’un homme qui veut quitter la misère en rejoignant le Yémen grâce à de cruels passeurs – il finira par viser l’Europe. Il nous fait réfléchir sur des faits redoutables : la mafia italienne écoulerait les déchets radioactifs sur les côtes de la Corne de l’Afrique et la Chine l’imiterait volontiers… La population africaine en crève.

Ce livre que j’ai lu deux fois pour en saisir la cohérence car Paul Deville est un être complexe… m’a passionnée.


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