« Vie de Jude frère de Jésus »

Par Catherine Chahnazarian

Vie de Jude frère de Jésus, de Françoise Chandernagor, Albin Michel 2015

Mieux vaut être averti : non contente de nous livrer une pseudo Vie de Jude écrite au « je » par un frère de Jésus, Françoise Chandernagor a voulu faire un pseudo livre scientifique sur ce pseudo manuscrit de Jude, une sorte de mise en abîme. Ce projet compliqué, voire mégalo, l’amène à rédiger son récit de manière un peu allusive et à multiplier les notes de bas de page : traductions de mots araméens, hébraïques ou grecs, références bibliques précises, explications historiques utiles, commentaires sur les discours des personnages…

9782226259943mCliquez le lien ci-dessous pour lire les premières pages (qui sont très belles et ne sont pas les pires pour ce qui est des notes).

Le problème c’est que, à moins d’avoir l’érudition de l’auteur, l’on ne sait plus quand ce qui est raconté est vrai, avéré, reconstitué ou de pure invention, ni si ça a de l’importance. Dans un roman cela n’en a pas beaucoup, dans un livre d’histoire ça en a énormément. Or que lisons-nous ?

La complication de la démarche romanesque-scientifique et la sensibilité du sujet obligent d’ailleurs l’auteure à s’expliquer dans une notice intitulée « L’atelier de l’auteur ». Cette notice fait 50 pages (le roman-même en fait 340) : là aussi, elle en fait trop. Et je m’interroge sur la vigueur avec laquelle elle y veut rétablir des vérités historiques, critique les textes ultérieurs qui ont déformé le contenu des textes canoniques, tient à tordre le cou aux légendes (comme celles de la virginité de Marie, évidemment) ou veut rétablir le rôle de Jacques [1] . Son appareil de notes va dans ce sens (celui de la vérité) mais elle-même ne sème-t-elle pas le désordre dans l’histoire (avec et sans grand H) en inventant sa Vie de Jude ?

Je dois dire que j’ai admiré l’exercice de style (la vie de Jude est écrite dans le style de l’époque), beaucoup aimé certains passages touchants, apprécié la manière épurée dont sont racontés des épisodes comme celui où Jésus est amené sur le Golgotha pour y être crucifié. Mais j’ai dans le même temps été très dérangée, d’une part par le manque de clarté quant à la démarche et au statut de ce texte et, d’autre part, par l’impossibilité de lire à vitesse normale car l’appareil de notes, auquel il faut bien se référer pour comprendre, ralentit considérablement la lecture.

J’ai cependant conscience que d’autres pourraient être moins sensibles que moi à ces aspects et trouveront le texte très réussi, c’est pourquoi j’encourage les curieux à le lire.

– – –

[1] Seule la crainte de trop toucher au sacré l’a d’ailleurs retenue d’écrire une Vie de Jacques ; celle de Jude n’étant, de son propre aveu, qu’un choix par défaut.


Une réflexion sur “« Vie de Jude frère de Jésus »

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