« Ça aussi ça passera »

Par Omer Saint Jules

Ça aussi ça passera, de Milena Busquets (Gallimard, 2015)

Milena BUSQUETS, romancière espagnole, a écrit son deuxième ouvrage dans les circonstances de la disparition de sa mère, et l’a fait titrer También esto pasará : ce qu’a traduit, chez Gallimard, Robert Amutio par Ça aussi, ça passera.

C’est un récit autofictif dûment estampillé « roman », qui commence comme ça : Je ne sais pour quelle étrange raison, je n’ai jamais pensé que j’aurais un jour quarante ans. Première phrase du livre ; en la lisant, non seulement on se dit que ça passera, mais le reste avec… Et puis on change d’avis. Tout le premier chapitre, pas trop long à vrai dire, se passe au cimetière, où Blanca s’adresse à sa défunte mère.

product_9782070149117_195x320Cette interpellation post mortem nous est réitérée dans les chapitres suivants à maintes reprises, mais ils sont d’abord prétextes à nous dépeindre l’Espagne de maintenant, celle d’une femme qui peine à y retrouver chez les hommes autre chose que le plaisir sexuel. Un premier mari de cette héroïne d’aujourd’hui, le père de ses enfants, nous est présenté comme trop attentionné pour être encore captivant, mais restant très respectable, ayant le sens de l’honneur conjugal : il lui a demandé, plutôt que de la mettre devant un fait accompli, l’autorisation de flirter avec sa meilleure amie !

Le second, contrairement au précédent, a su conserver l’avantage de pouvoir continuer de temps à autres à partager un lit de couple qui a pourtant cessé d’être légitime. Quant aux nouvelles rencontres ou retrouvailles de passages, elles mettent le doigt sur l’indigence totale d’individus noyés dans la suffisance, l’alcool ou la drogue… L’épilogue est on ne peut plus éloquent lorsque, s’adressant à celle qui lui a légué cette existence où il semble que seule la performance sexuelle puisse encore servir de motivation dans chaque instant qui passe, elle lui confesse néanmoins : J’aurais aimé être là, te tenant la main, pour notre fin. Parce que j’erre sur la terre des vivants…

Mais il ne faudrait pas négliger le fil de la lecture, d’un bout à l’autre de ce livre, écrit dans un style plus poignant que léger, qu’au final on devine fort savamment médité, greffé sur les quelques premières pages qui, a confié Milena Busquets, ont été rédigées dans un geste semblable à la poignée de terre qu’on jette sur une tombe.


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