« Black bazar »

Par Michel Campo

alain-mabanckou-coverAlain Mabanckou a aujourd’hui le privilège d’avoir été choisi pour occuper la chaire annuelle de création artistique au Collège de France. Fort étonné et intimidé de cette distinction tellement inattendue. Il passait modestement à pied jusque là devant cette vénérable institution fondée en 1530 par François 1er  pour se rendre dans sa librairie africaine préférée.

Dès la parution de son dernier livre en septembre dernier, Petit piment (son 11ème roman), sa notoriété ne fait que s’affirmer, amplifiée par les médias. Écrivain francophone né à Pointe Noire (République du Congo), il reçoit en 2006 le prix Renaudot pour Mémoires de porc-épic et enseigne depuis cette date la littérature francophone à l’Université (Ann Arbor) de Californie à Los Angeles.

Présence physique impressionnante, abord chaleureux, culture littéraire exceptionnelle, humour, véritable don de transmission orale du savoir, il nous fascine en un instant et pour des heures par l’élégance de sa langue et la richesse de ses exposés saupoudrés de multiples références littéraires, aussi bien françaises qu’africaines. Grâce à lui, nous commençons à connaître et reconnaître la littérature et les écrivains francophones africains (ils n’ apparaissent qu’il y a une centaine d’années).

9782020973373Avec Black bazar (Seuil 2009), nous cotoyons les galères quotidiennes d’une petite société colorée, ou pas forcément d’ailleurs, ainsi « l’arabe du coin » qui n’est pas installé au coin d’ailleurs mais au centre du jeu, en face de l’immeuble du héros. Respecté pour sa sagesse, sa tolérance, un référent en quelque sorte. Sa devise : « L’Europe nous a trop longtemps gavés de mensonges et gonflés de pestilences ».

Fessologue, notre héros, effectivement grand amateur de faces B, quitte son étriqué studio où il vit avec Couleur d’origine et la petite Henriette (plus quelques invité(e)s importé(e)s, de temps en temps ), suit le couloir, poursuivi par les vociférations d’Hippocrate (un vrai Français Martiniquais), pour s’enfourner au Jip’s son bar d’attache avec ses potes de comptoir noirs ou cafés au lait, sages de bistrot moins convaincus par les rêves d’écrivain du héros que par la symphonie des derrières de passage devant l’établissement (le Jip’s est géographiquement le mieux placé pour cette contemplation inspiratrice de commentaires infinis sur la géométrie sculpturale en mouvement).

Un vrai « sapeur », notre fessologue, toujours en costard (faut maintenir la pression chez les ambianceurs !), « costards qui se froissent avec noblesse et se portent avec délicatesse… le vêtement est notre passeport, notre religion. »

Il y a beaucoup de fêtes entre « pays », centres de comparaisons et compétitions de cols italiens à trois ou quatre boutons. Et beaucoup d’histoires goûteuses racontées, telle celle du « Parfait secrétaire », livre-bible de garnements dragueurs. Emprunté au Centre culturel Français de Pointe Noire. L’auteur de l’ouvrage consacrait la fin du livre à des modèles de lettres d’amour que nos petits aspirants amoureux recopiaient mot à mot… ça parlait de neige et de sapins… elles aimaient.

Finalement, c’est un tas d’histoires africaines transposées aux environs des gares du Nord et de l’Est que notre ami nous raconte. Avec un goût de jus de gingembre, des Weston au bout des jambes, sa Couleur d’origine qui le quitte pour l’Hybride, qui est tout petit, même quand il est debout, ses sorties en boîte avec Vladimir le Camerounais aux cigares les plus longs de France et de Navarre, ses petites arnaques et, par dessus tout, le discours, la belle langue et la frime, mais quelle classe !

Notre Fessologue est employé à mi-temps (ça ne paie pas beaucoup mais ça permet l’écriture et les petits trafics de costards).

Avec sa langue goûteuse et colorée, Alain Mabanckou nous emmène sur les chemins de sa vision de la colonisation mais «  Laissez enfin l’Occident tranquille ! » Il fallait bien des chefs de village pour trouver des nègres robustes qui feraient de bons esclaves, non ?

Faites un bout de route, quelques bouts de rues avec Alain Mabanckou, voici une Afrique à Paris qui vous emmènera au bout de ses livres… J’ai déjà bientôt terminé Petit Piment, le dernier, et Bleu, blanc, rouge est prêt à être dégusté. Un festin !


2 réflexions sur “« Black bazar »

  1. … et puis Alain Ma Banque ou au Collège ‘ y a pas à dire, ça nous change d’Aimé ou Léopold
    Je gage qu’il y saura se faire un prénom de ce qui ne fut jadis qu’un nom (de nom! j’en deviendrais
    presque hostile au philosophe dont nos enseignants farcirent nos oreilles)
    En tout cas vous nous avez là signé un bien bel article pour le lui faire au café, car il le mérite
    OSJ

  2. Cependant rendons à Césaire , Senghor et les autres ce qui est à …
    Le texte d’Alain est truffé de citations des écrivains de la négritude. Et je lui trouve un ton à la Chester Himes !

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