« En attendant Bojangles »

Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, Finitude, 2015

Critiques de Brigitte Niquet (8 octobre 2016) et François Lechat (10 avril 2016)


Par Brigitte Niquet (8 octobre 2016)

Je n’ai pas très souvent de coup de coeur, hélas, mais ce livre-ci en est un absolu. Il ne se raconte pas, car ce n’est pas l’histoire qui importe. Ou plutôt si, mais pas au sens où on l’entend généralement.

C’est une histoire d’amour fou, amour fou qui n’a jamais si bien porté son nom comme le dit à juste titre la 4e de couverture. La folie et l’amour s’y côtoient constamment ou plutôt s’y entrelacent étroitement comme les corps des deux amants, une jeune femme qui n’a pas de prénom car elle en change tous les jours et un homme qui semble s’appeler Georges. en-attendant-bojangles-223x330Plutôt que de vivre leur vie, ils la dansent sur la musique de Mr Bojangles de Nina Simone  et sous les yeux tantôt éblouis,  tantôt effarés mais toujours adorateurs de leur fils. La jeune femme mène le bal, Georges lui emboîte le pas et dès les premières pages, on a le sentiment d’un tourbillon vertigineux, celui dans lequel nous entraîne la reine des chimères, reine des mensonges, reine des fêtes alcoolisées (Gatsby le magnifique n’est pas loin), si belle, si fantasque et si gracieuse que tout un chacun se laisse prendre à son charme, un vrai charme au sens magique du terme.

Mais voilà. Quelque chose ne tourne pas rond dans sa jolie tête et ce qui pouvait passer pour de délicieuses extravagances d’enfant gâtée la conduit inexorablement à l’hôpital psychiatrique où le verdict tombe : hystérie, bipolarité, schizophrénie, démence… Il faut enfermer cet oiseau de paradis dans une cage hermétique et « la protéger d’elle-même pour protéger les autres ».  Bien entendu, ni Georges ni son fils ne l’entendent de cette oreille…

Ce livre est le premier d’Olivier Bourdeaut qui a longtemps hésité avant de se mettre à écrire, écrasé par les grands auteurs dont sa bibliothèque regorge. Cette modestie lui fait honneur, mais on ne doute pas qu’il les rejoindra très vite au Panthéon de la littérature.


Par François Lechat (10 avril 2016)

J’ai donc lu ce phénomène d’édition, un premier roman paru en province et qui cartonne à la surprise de son propre auteur. A la lecture, on comprend pourquoi : on retrouve chez Bourdeaut ce qui a fait le succès d’Alexandre Jardin, des personnages hauts en couleur qui refusent de vieillir et font de leur vie une fête perpétuelle, vouée à l’amour et à la fantaisie, au rire et à la créativité. Comme le livre est, en plus, remarquablement écrit, avec une foule d’inventions fondées sur le langage, l’imagination ou simplement l’humour (comme ce grand oiseau appelé « Mlle Superfétatoire » car cette compagne de vie « ne sert à rien »), on comprend qu’il ait rencontré son public en ces temps moroses. En outre, la fin est très belle et donne de la profondeur à ce qui n’est, pour le reste, pas davantage qu’un exercice de style. Car c’est là, évidemment, la réserve que l’on peut émettre, outre quelques maladresses que l’éditeur aurait dû supprimer : on jubile à lire ce livre, mais on n’oublie jamais qu’il s’agit de littérature, pas de la vraie vie. A ce titre, ce livre très réussi est typiquement français.


2 réflexions sur “« En attendant Bojangles »

  1. J’ai aussi beaucoup aimé cet OVNI de la littérature actuelle ; c’est jubilatoire, hallucinant par moments ; c’est une vie de fous racontée par le fils qui se sert des notes de son père… Courrier non lu s’accumulant en montagne et dedans des factures… Il faut vendre et fuir dans un château en Espagne avec le grand échassier : Mademoiselle Superfétatoire. La fin change de ton et est émouvante.
    L’auteur, rencontré Au temps lire, est sympathique ; il reste modeste, dépassé par son succès. Il a toujours beaucoup lu mais n’aimait pas l’école; il a fait une quantité de petits boulots.

  2. Réponse à François Lechat : j’aime les livres où l’on n’oublie jamais que c’est de la littérature… Je suis un peu gavée de ceux qui prétendent coller étroitement et exclusivement à la vraie vie. Je dois être typiquement française… 🙂

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