Nos lectures de juin 2016 : Jane Austen

by Cassandra Austen, pencil and watercolour, circa 1810

by Cassandra Austen, pencil and watercolour, approx. 1810

La réunion du Café littéraire de Lambersart du 9 juin dernier était consacrée à la romancière anglaise Jane Austen (1775-1817).

La séance a commencé par l’évocation de sa vie au sein d’une famille très unie, plutôt cultivée, ses premiers écrits qu’elle a ensuite beaucoup remaniés, les encouragements dont elle a bénéficié dans sa famille, ceux de son père en particulier : il se démène pour faire publier son second roman, alors qu’elle n’a que 21 ans, en vain, puis son frère lui tiendra lieu d’agent littéraire. Il faut dire qu’à cette époque les femmes écrivains n’étaient pas acceptées et les femmes qui écrivaient le faisaient sous la protection de l’anonymat. Toutefois  l’Angleterre était sans doute plus en avance sur ce point que notre vieux continent.

Vous trouverez une petite biographie en français sur l’Agora.

Nous avons ensuite évoqué les romans de Jane Austen en suivant l’ordre de leur parution. Sense & sensibilityPride & Prejudice ; Mansfield Park ; Emma ; Northanger Abbey ; Persuasion, pour ne parler que des oeuvres majeures.

Cette auteure n’a pas vraiment soulevé l’enthousiasme chez ceux et celles qui l’ont découverte en préparant cette séance du Café littéraire. Agnès pose la question du succès des romans de Jane Austen, pourquoi a-t-elle toujours de  si nombreux lecteurs ? Aurait-elle encore tant de succès si ses romans n’étaient que des romans sentimentaux pour midinettes ?

Ce qui peut décourager le lecteur d’aujourd’hui dans l’oeuvre de Jane Austen tient sans doute dans la fadeur des thèmes apparents (relations amoureuses, vie plus ou moins insipide de la bourgeoisie provinciale) si l’on n’est pas attentif ou sensible à la peinture des moeurs, à l’ironie, à la satire parfois. temp_file20141028-16184-280utgL’écriture fluide peut renforcer l’impression d’avoir entre les mains un roman facile ; et pourtant Jane Austen est un des premiers auteurs réalistes, osant ne pas se conformer aux canons de l’écriture qui jusque là s’imposent (des héros nobles, des situations frappantes voire outrageuses…). Elle pratique aussi abondamment, comme un Zola mais avant lui, la focalisation interne et le discours indirect libre, cette façon ambigüe de rapporter les pensées et les paroles d’un personnage sans quitter la dynamique de la narration, qui permet au lecteur d’entrer dans l’esprit, les émotions, les sentiments du personnage (*). C’est sans doute pour ces nouveautés que l’auteure suscite l’admiration de certains de ses pairs et qu’elle accroche encore aujourd’hui l’attention des lecteurs que la psychologie de personnages ordinaires intéressent.

Voir éventuellement cet article (en français) sur Slate. Son auteur y porte un regard sur l’ensemble de l’oeuvre de Jane Austen.

Trois romans de J. Austen sont publiés en Poche et huit en J’ai Lu (les couvertures sont horribles, mais ça ne change rien au texte, n’est-ce pas ?). Sinon, certains existent en e-book gratuits. Il y a aussi cet enregistrement à écouter sur France Inter (Guillaume Gallienne, 49 min.) et — surtout — cette émission de France culture, moins grandiloquente, plus agréable à suivre (59 min.), et assortie de liens vers des sites dédiés intéressants.


(*) Jane Austen est même capable de pratiquer ce sport sur des personnages collectifs comme en témoigne cet extrait de Mansfield Park (1814, trad. Denise Detzler, éd. Omnibus) :

Comment décrire la consternation générale ? Ils furent presque tous saisis d’une véritable terreur. Sir Thomas dans la maison ! Cela leur apparut immédiatement comme une certitude manifeste. Aucun ne nourrit l’espoir que c’était une supercherie ou une erreur. Le fait était indéniable, l’air de Julia en était la preuve vivante ; et une fois passés les premiers tressaillements et les premières exclamations, il n’y eut, pendant une demi-minute, pas une parole prononcée ; chacun regardait les autres, chacun changeait de visage, et tous, ou presque tous sentaient combien fâcheux, combien épouvantable était le coup qu’on leur infligeait.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s