« Tout n’est pas perdu »

Par François Lechat

Wendy Walker, Tout n’est pas perdu, Sonatine, 2016

Ce thriller est précédé d’une réputation flatteuse, puisque Hollywood s’y est intéressé avant même sa parution. Et de fait, il pourrait donner un excellent film : le début est très prometteur, le sujet est original (la destruction puis la reconstruction volontaire de la mémoire après un traumatisme, en l’occurrence un viol odieux) et le suspense est maintenu jusqu’à la fin. Walker_Perdu_3DL’auteure, en outre, fait montre d’une qualité typiquement américaine, le sens des dialogues et des détails qui donnent de la chair aux situations et aux personnages, qui nous font vivre l’histoire de l’intérieur, au plus près des protagonistes. Malheureusement, elle a aussi deux défauts typiquement américains. D’abord le goût de l’auto-analyse, du questionnement intérieur, encore accentué ici par le fait que le héros est un psychiatre : séduisant au début, cet aspect devient envahissant, on aurait aimé un narrateur moins bavard. Ensuite l’obsession de la culpabilité, liée à la même tradition puritaine que le premier défaut : comme toute l’humanité est issue de la Chute, tous les personnages ont leur face sombre, leur mauvaise conscience parfois excessive, tandis que le véritable salaud de l’histoire devient l’incarnation du Mal, dont la mort violente est manifestement censée nous réjouir… Ce thriller très efficace est ainsi nappé d’une sauce moralisatrice dont on se serait bien passé.


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