« L’insouciance »

Par François Lechat

Karine Tuil, L’insouciance, Gallimard, 2016

product_9782070146192_195x320Sans doute le roman le plus actuel de la rentrée – dont, par pitié, ne lisez pas la 4e de couverture, allez-y en confiance ! Vous y trouverez le bruit et la fureur de votre quotidien, ou de celui des autres : le fondamentalisme, la guerre, la folie identitaire, la morgue des élites, l’amour, l’ambition, le racisme, l’antisémitisme, les banlieues, la rage des exclus, le courage des femmes, la modestie des migrants, le sexe et la folie des hommes… Le tout en quelques histoires habilement entrelacées, et dans un style d’une rare fluidité : les phrases sont longues et complexes, les thèmes sont multiples, et pourtant tout se lit vite, tout doit se lire vite pour être dans le rythme, pour être débordé par notre époque, une époque qui grince et s’emballe. Donc un tour de force, un récit prenant et, heureusement, quelques belles pages d’amour à côté d’amusants clins d’œil à un ex et futur président. Il manque juste à ce roman, en raison même de son efficacité redoutable, de quoi prendre le temps et le plaisir de se poser : cela s’appelle la littérature, à laquelle Karine Tuil n’a pas voulu sacrifier.


L’avis d’Agnès Huynh (14/11/2016) :

Un titre superbe : l’insouciance.

Plus de 500 pages. Aïe, ça fait peur.

Une quatrième de couverture pas très claire, difficile de saisir l’intrigue…

Bon allez, je me lance.
Les premières pages ? Un grand bof… L’histoire s’éternise sur ce soldat en Afghanistan… Et puis, tout d’un coup, tout s’enchaîne. Je lis, je tourne les pages avec un vrai plaisir. Une véritable atmosphère s’installe. Au final : j’adooore !

Impossible de dire de quoi il retourne précisément en quelques lignes. C’est un genre de roman « cathédrale », je préfère nettement l’expression « à tiroirs ». Un personnage en amène un autre…

Un roman très actuel, un vrai plongeon dans ce début du 21ème siècle déboussolé et déboussolant. Livre quelque peu dérangeant qui bouscule à coups de racisme, de radicalisation religieuse, de guerre politique et sociale, de passion amoureuse…

3 personnages se connaissent de près ou de loin : un ancien soldat renvoyé d’Afghanistan car souffrant d’un grave traumatisme psychologique ; un jeune Africain musulman issu du 9.3. qui fait carrière sous les ors de la République mais est complexé par ses racines ; et un homme d’affaire d’origine juive par qui le scandale arrive.

Le roman pose les questions de l’exclusion (le noir se sent exclus du pouvoir détenu par les blancs, le juif converti au catholicisme se sent exclus de sa communauté, le soldat est incapable de se réinsérer dans la société). Les clichés sociaux sont omniprésents : le juif et l’argent, l’islam et le terrorisme, le 9.3. et ses problèmes sociaux…

L’écriture de Karine Tuil est accrocheuse, claire et limpide. Elle entraîne sur les rives de la réalité sociale et du communautarisme avec une question de fond tout au long du texte : est-il possible d’échapper à ses origines ?


2 réflexions sur “« L’insouciance »

  1. Cela donne envie de se pencher sur un des nombreux bons livres de la rentrée; je viens de terminer Petit Pays; Le Rouge vif de la rhubarbe; j’avais lu Chanson douce et la Valse des arbres et du ciel…plus surprenant le Zeppelin de Fanny Chiarello dont il faut bien lire le premier chapitre pour avoir les clés de ce roman assez loufoque; de la même auteure un vrai coup de coeur pour La vitesse sur la peau

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s