« Petit Pays »

Par Annie-France Belaval

Petit Pays, de Gaël Faye, Grasset 2016, Prix FNAC et Goncourt des lycéens

Avant, c’était le bonheur, la vie sans se l’expliquer… GF fait revivre un temps disparu où il vivait sans souci avec sa bande de copains de l’impasse… De père français, de mère rwandaise (réfugiée au Burundi après des massacres), Gaby, dix ans, a une petite sœur Ana et une correspondante française dont il se sent amoureux.

9782246857334-001-xD’abord le couple se défait… Gaby guette en vain une réconciliation qu’il souhaite vivement…

Il va y avoir des élections, les premières ! et chacun espère… Mais un coup d’état remet tout en question et les jeunes veulent partir au front… Gaby, que son père tient loin de la politique, ne comprend pas puis il écoute ce qui se dit autour de lui mais ne veut pas choisir de camp : il se savait métis mais ne connaissait pas le racisme interethnique : tutsi ou hutu, cela n’avait pas de sens pour lui ; mais les horribles massacres ont lieu au Rwanda et au Burundi ; les cousins sont tués, les parents des copains aussi et sa mère devient quasiment folle.

Emigrés en France, Ana ne veut plus entendre parler du Burundi tandis que Gaby y retourne et constate que plus rien n’est pareil. « Je n’ai pas quitté le pays, je l’ai fui… Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore. »

Ce livre est émouvant, écrit avec sincérité ce qui n’exclut pas des moments drôles (comme la circoncision racontée par les gosses…), mais il contient aussi des réflexions qui donnent à penser :

« Il a fallu des siècles et bien des conflits pour que les blancs arrivent au stade où ils en sont. Ils nous demandent aujourd’hui d’accomplir la même chose en l’espace de quelques mois. » Il s’agit de la démocratie… Comme si la démocratie existait autrement qu’en idéal dans la plupart des pays du monde…

Certains ont quitté le Rwanda «  pour échapper aux tueries, massacres, guerres, pogroms, épurations, destructions, incendies, mouches tsé-tsé, pillages, apartheids, viols, meurtres, règlements de compte… Ils avaient fui ces problèmes et en avaient rencontré de nouveaux au Burundi : pauvreté, exclusion, quotas, xénophobie, rejet, boucs émissaires, dépression, mal du pays, nostalgie. Des problèmes de réfugiés. »

Certains problèmes commencent à se poser en Europe, comme partout, hélas. « L’insécurité était devenue une sensation aussi banale que la faim, la soif ou la chaleur. La fureur et le sang côtoyaient nos gestes quotidiens. »

Il y a aussi une place importante des livres et de la lecture que Gaby découvre grâce à une vieille dame grecque de l’impasse…


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