Danser au bord de l’abîme

Danser au bord de l'abîme

 

Grégoire Delacourt est un phénomène de librairie. Depuis La liste de mes envies, un premier succès mérité, il caracole en tête des ventes dès qu’il sort un nouveau livre, c’est-à-dire pratiquement tous les ans, disons tous les 18 mois. Se bonifie-t-il avec le temps, comme l’écrivent certains critiques ? C’est à voir. Ses romans sont, en tout cas, de plus en plus délirants et de plus en plus improbables.


Il s’agit ici d’une bourgeoise quadragénaire mariée, heureuse en ménage et mère de trois enfants, pas Bovary pour un sou (même si elle s’appelle Emmanuelle, dite Emma…), qui s’éprend follement tout à coup d’un homme entraperçu dans une brasserie en train de s’essuyer la bouche d’une manière particulièrement sensuelle. Eh oui, à quoi tient le désir, n’est-ce pas ? Le désir, le désir, il n’est question que de lui dans toute la première partie du livre, le désir. Ce mot revient dans la bouche d’Emma (héroïne et en même temps narratrice à la 1e personne) dix fois, vingt fois, cent fois, elle le suce comme un bonbon, s’en gave et nous en gave jusqu’à l’écœurement. L’auteur a beau être un virtuose du style, le côté leitmotiv devient vite fatigant. Enfin Emma et Alexandre, lui aussi subjugué, décident de fuir ensemble. Ah ! Cela devient intéressant.

Comment cette folle passion va-t-elle résister à la réalité de la vie, à l’érosion du désir, au sentiment de culpabilité vis-à-vis des conjoints et enfants qu’on a abandonnés et tout simplement au temps qui, comme chacun sait, est assassin ? Nous n’en saurons malheureusement rien puisqu’un accident met fin à l’aventure avant même qu’elle ait vraiment commencé.


Eh ! se dit le lecteur frustré, c’est de la triche. Et de quoi vont être nourries les quelque 200 pages qui restent ? Eh bien, découvrez-le si le cœur vous en dit.

Le livre ne manque pas de qualités, et j’ai beaucoup aimé le parallèle constant avec le conte d’A. Daudet, La Chèvre de Monsieur Seguin, dont les extraits émaillent tout le texte et dont l’intégralité est reprise à la fin. J’ai aimé aussi le thème des sincérités (des loyautés) successives et même juxtaposées, qui a rarement été aussi bien traité. J’ai beaucoup moins aimé, dans la troisième partie, la contradiction entre un souci de réalisme poussé à l’extrême sur le plan médical et la totale irréalité du périple où Emma entraîne son mari comme un dernier cadeau : non, un cancéreux en phase terminale sous morphine ne peut pas faire « La route des vins » et s’enfiler tous les soirs une bouteille entière de pinard, c’est tout simplement inimaginable. On aimerait y croire, peut-être, mais c’est du domaine de l’utopie. Pour cette raison, je ne partage pas du tout l’enthousiasme de ceux qui trouvent cette dernière partie magistrale.

Il ne vous reste plus qu’à vous faire votre propre opinion sur ce livre foutraque que certains qualifient d’« ode inspirée au désir féminin » et d’autres de « bluette insipide »…

 

♦     Brigitte Niquet    ♦


Danser au bord de l'abîme

 

 

 

Danser au bord de l’abîme, Grégoire Delacourt
Editions Jean-Claude Lattès
364 pages
19€

2 réflexions sur “Danser au bord de l’abîme

  1. Je ne sais que penser de ce livre . J’ai aimé et pas du tout aimé , les deux à la fois !
    J’ai aimé l’histoire , la deuxième partie , trouvé également que la troisième était impossible , mais bon pourquoi pas . Moi ce sont les dialogues qui m’ont par moment gênée , trop improbables ceux de la première partie : trop roman de gare : je n’arrive pas à imaginer un homme parler ainsi à une femme ( trop Barbara Cartland ou Jeanine Boissard) . Et pourtant le roman est écrit par un homme …. Est ce moi qui ne suis plus , avec l’âge, assez romantique pour apprécier ????

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