Nos lectures de mars 2017 : La danse

C’est le thème de la passion de la danse dans la littérature qui a été abordé dans le Café du 9 mars. Et le moins qu’on puisse dire c’est que cela a inspiré les membres : neuf livres sont présentés ce soir là et l’on ressort à 20h avec l’envie de se rendre au ballet ou à la Vieille Bourse prendre un cours de tango…


La ballerine de St Pétersbourg, présenté par Nicole

Ludmilla Arbatova est née à St Pétersbourg dans une famille d’artistes : père mime et mère chanteuse d’opérette. A la mort de sa mère, elle se retrouve avec son père qui est devenu alcoolique. A l’âge de 9 ans, elle intègre l’école impériale de danse qui est dirigée par Marius Petitpas. Elle est interne dans cette école et Petitpas va la prendre sous son aile protectrice. C’est une école très difficile car la danse classique impose au corps un « martyr quotidien ». A 13 ans, elle va monter sur les planches et deviendra ensuite une célèbre danseuse.

Après la mort de son père, elle rencontre un ami qui l’incite à partir en France, là où sont Diaghilev et Nijinski. La 1ère guerre mondiale éclate et son ami disparaît dans ce conflit. Elle ouvrira une école de danse.

Ce livre donne un éclairage sur la fin de vie de Marius Petitpas qui est un peu passé aux oubliettes suite aux changements profonds dans l’enseignement de la danse. A travers l’histoire de cette ballerine, on vit l’histoire de la Russie en ce début de 20ème siècle.

 

Vous dansez ? présenté par Pierre

 

Ce livre est composé de 9 monologues. Ces différents textes rendent palpables le travail de la danse et l’imaginaire des danseurs. Certains textes sont amusants, comme le monologue : « les patins ». D’autres évoquent l’égo des danseurs. Un autre texte, « la balançoire » est un peu plus sombre. Ces textes ont été écrits pour le théâtre.

 

 

Laver les ombres, présenté par Brigitte

Cet auteur se distingue par sa faculté à se glisser dans la peau des personnages. Il s’agit ici d’une danseuse passionnée qui a une relation compliquée avec sa mère en raison d’un problème non réglé dans la vie de sa mère. Cette difficulté relationnelle lui pèse tant qu’elle s’investit dans la danse jusqu’à l’épuisement. Il lui est impossible d’avoir une relation « normale » avec les hommes avec qui les histoires d’amour finissent toujours mal. Seule la danse lui permet d’exprimer son mal être. A la fin du roman, la mère va lui avouer la vérité, ce qui lui permettra de revivre.

« Laver les ombres » est une expression qui désigne une technique picturale pour obtenir un éclairage particulier sur une photo afin de supprimer les ombres, technique qui symbolise ici la libération de la jeune femme des ombres qui pèsent sur la vie de l’héroïne.

 

Pour que demain vienne, présenté par Brigitte

Un poème de Victor Hugo est mis en exergue au début du livre : « dansez, les petites filles, toutes en rond… ». Ce poème est repris par extraits avant chaque nouvelle. D’ailleurs les textes ont toutes pour titre une danse. Mais si le thème est omniprésent, il n’est utilisé que comme métaphore. Il s’agit de danses macabres car les 5 héroïnes de ce recueil se précipitent vers un destin fatal. Elles auraient voulu grandir mais elles sont en quelque sorte condamnées d’avance.

 

L’ambiance de roman est très « noire » et cela peut sembler un peu pesant à la longue car aucune nouvelle de ce recueil ne se termine bien. Les textes sont portés par un style fluide et élégant. Ses héroïnes font trois petits tours, quelques entrechats et puis s’en vont.

> Pour voir la critique complète de Brigitte, c’est par ici !

 

La virevolte, présenté par Agnès

En apparence une histoire d’amour avec un couple qui s’aime et qui mène une vie normale avec deux enfants. Normale, à ceci près que pour Lin les rôles de mère et d’épouse sont de plus en plus difficiles à concilier avec sa vie de danseuse. Mais le démon de la danse veille. Sans crier gare, Lin quitte sa famille et sa vie de femme pour se jeter à corps perdu dans la danse. Lin danse pour vivre, elle vit pour danser, elle danse pour oublier et elle s’oublie dans la danse. Elle ne se pose aucune question sur les conséquences de son choix. Alors passion dévorante ou égoïste ?

Ce livre est un questionnement sur la maternité et sur la passion. La passion peut-elle tout justifier ? L’auteur ne prend pas parti. On a mal pour ces enfants devenus orphelins de mère, pour ce mari abandonné, pour cette femme qui danse jusqu’à se casser physiquement. Superbe livre servi par une écriture magnifique avec des images frappantes sur la danse et sur la maternité.

 

Danseur, présenté par Lysiane

Des enfants exécutent une danse folklorique tatar à l’hôpital pour des soldats blessés, puis un enfant de 6 ans s’avance, s’accroupit et se lance dans une danse russe : le futur danseur étoile Rudolf Noureev trouve, parmi ces blessés de 1944, son premier public. Ce roman flamboyant s’attache dans sa première moitié à son enfance à ses années   de formation et ses trois années où il a intégré le ballet de Léningrad : dès l’âge de sept ans Roudik est saisi par le virus de la danse, Anna , une ancienne ballerine du Mariinski lui donne  les bases de la danse classique  pendant deux ans ,  sans demander un rouble  .

On le rejoint ensuite à Léningrad où il a intégré le ballet Mariinski (Saint-Pétersbourg) de 1959 à 1961.Il danse à Moscou où sa mère pourra le voir, ce qui ne se reproduira plus quand il dansera à l’étranger car il n’obtiendra  jamais  pour elle de visa de sortie .

La   deuxième moitié du roman raconte   l’arrivée du corps de ballet Mariinski à Paris, la désertion de Noureev qui demande l’asile politique à la France, sa carrière internationale, sa célébrité, ses amours avec, en particulier, le danseur étoile danois Erik Bruhn. Il côtoie la jetset et parfois des endroits un peu glauques. Il apprend la mort de son père qui ne l’aura jamais vu danser. En novembre 1987, après 26 ans d’exil, il obtient enfin un visa pour aller voir, à Oufa, sa mère très malade : « Ma propre mère ne m’a même pas reconnu » confie-t-il tout à la fin du roman.

Annie-France évoque le livre de Philippe Grimbert « Rudik ou le nouveau Noureev », une fiction qui imagine Noureev en psychanalyse. Ouvrage très drôle.

 

La danseuse en rouge, présenté par Monique

 

Un roman assez court (168 pages) avec trois personnages : la danseuse, le champion et la groupie. L’aspect psychologique est intéressant dans ce roman car nous avons trois personnages très différents les uns des autres.

 

 

Au cours d’une soirée dans une boîte de nuit, une danseuse, portant une robe rouge, rencontre un champion de tennis. Il parviendra à lui glisser son numéro de téléphone sur une pochette d’allumettes et la danseuse lui téléphonera. Rendez-vous sera pris au bord de la mer, mais cela ne se passera pas bien. 20 ans plus tard, notre champion âgé de 50 ans, a toujours cette danseuse en rouge qui lui trotte dans la tête et un jour il la voit à la télévision. Il finit par la retrouver et lui envoie une lettre très tendre à laquelle elle va répondre. Ils se retrouveront un jeudi dans une chambre. Mais la groupie veille sur son champion qu’elle a épousé et elle le surprend en train de toucher l’écran du poste de télévision quand l’image de la danseuse apparaît. Et un jour la danseuse fera une très belle surprise au champion.

C’est un très beau livre.

 

Une dernière danse, présenté par Annie-France

C’est l’histoire d’une famille dans l’histoire de la guerre civile espagnole. Mercedes en est l’héroïne. Dès l’âge de 3 ans, elle se met à danser et elle se produira en public à 8 ans. A 15 ans, elle continue à danser, malgré les reproches qu’on peut lui faire. Ces reproches viennent du danger de la situation politique car il est mal vu de danser, qui plus est avec un Gitan. Effectivement, rien ne peut empêcher Mercedes de danser. Et puis elle va rencontrer un jeune guitariste gitan et les deux tomberont amoureux l’un de l’autre.

Mais la guerre civile éclate et les fiancés vont être séparés par le conflit. Cette guerre ravage la famille de Mercedes qui vit aux côtés de sa mère. Celle-ci lui dit de partir retrouver l’homme qu’elle aime. Mercedes va alors se lancer sur les routes de l’Espagne et dansera pour gagner sa vie. Ce périple la conduira jusqu’en Angleterre où elle fonde une famille, une fille du nom de Sonia. Et Sonia découvre à son tour l’Espagne au cours d’un séjour à Grenade, prise elle aussi par la passion de la danse. Sonia croise la route d’un certain Miguel qui lui raconte l’épopée de Mercedes qui se révèle être sa mère.

 

Coco Dias ou la porte dorée, présenté par Maryllis

C’est un superbe livre sur la danse salvatrice. L’héroïne, Valérie, est en train d’écrire un roman et elle rencontre un danseur de tango qui lui dit : « si tu écris sur moi, je t’apprends à danser ». Elle accepte. Les rendez-vous sont donnés au métro de la porte dorée à Paris. Coco Dias est un « petit homme au visage d’enfant ». Il est argentin et issu d’un milieu très pauvre. Alors « pour avoir quelque chose qu’on ne peut pas lui enlever », il apprend le tango. Ce qui lui permettra de gagner sa vie quand il fuira la dictature militaire. Peu à peu la danse s’empare de Valérie. Cela se transforme en addiction pour devenir une nécessité qui comble sa solitude et ses doutes.

Dans ce roman, il y a deux expériences d’amour plutôt malheureuses mais la fin du livre nous réserve une belle histoire d’amour. Le tango est ici salvateur, il permet une certaine forme de renaissance. Il y a de l’enthousiasme dans cette danse, quelque chose d’animal. Deux êtres qui s’enlacent : « le corps ne ment pas ». L’écriture est fluide. Il y a une fine description des portraits, une femme amoureuse, un acte d’amour. Sans parler de la découverte de Paris et de Buenos Aires qui ont des points communs avec la situation des faubourgs de ces deux villes.

Deux questions restent en suspens : qu’est-ce que écrire ? Qu’est-ce qu’un chef d’œuvre ?

 

En attendant Bojangles, par Odile 

Ennemi de l’école, poussé par ses parents à un calendrier excentrique suivant leur volonté de partir en vacances quand ils le veulent, ce petit garçon se rend bien compte qu’il n’est pas normal que sa mère porte chaque jour un prénom différent, que leur animal de compagnie est un oiseau africain, que ses parents passent leur vie à danser follement et à faire la fête avec des amis, que le courrier n’est jamais ouvert et mille autres extravagances. Mais l’amour fou que son père porte à sa mère est porté au paroxysme et c’est le déni devant l’évidence de la maladie qui gagne chaque jour un peu plus.

Le livre se présente sous la forme d’un récit plein de naïveté de la part de l’enfant de 9 ans et des carnets du père retrouvés plus tard qui éclairent quelque peu la réalité.

Ce livre est un manifeste d’amour qui tourne au tragique.

En attendant Bojangles, par Aline 

C’est l’histoire d’un amour fou plein de folie douce qui ira jusqu’à la démence sans que jamais le nom de la maladie ne soit nommé. C’est un peu la vie à travers les mensonges. Il y a obligation de mentir que pour que la vie devienne agréable. Au fil du texte, la folie gagne du terrain. La seule arme du père contre la maladie est le sourire et l’amour. Ce livre est complètement déjanté et les personnages secondaires sont tout aussi cocasses que les protagonistes principaux : l’oiseau Superfétatoire, le Sénateur surnommé « l’ordure ».

A se demander s’il faut prendre ce roman à l’endroit ou bien à l’envers.

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Annie-France présente deux autres ouvrages :

« Polina », un roman graphique sur le dur apprentissage de la danse.
« Une vie en mouvement » de Misty Copeland ou l’histoire de la première danseuse noire à être nommée étoile de l’American Ballet, saluée par Obama.

Elle évoque également deux ouvrages de la jeunesse :

« Vivre la danse » (album) aux éditions Sarbacane
« Danse, petite lune » sorti le 2 mars aux éditions Rue du Monde, un hommage à la joie communicative de la danse.

 


A la fin de la réunion, Annie-France annonce une promesse de don de la part de l’ADAN (association des auteurs du Nord) de 100 €. Elle évoque également une promesse de la part de Mme Astruc Aubresse à hauteur de 1000 € ainsi qu’une subvention de 500 € jusqu’à 2021.

Annie-France annonce également un lien créé sur le blog entre le café littéraire et le site Libfly.

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Date du prochain café littéraire : 13 avril 2017

Thème du prochain café : Benoîte Groult et Françoise Mallet-Joris

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