Miniaturiste

Une sorte de malaise saisit le lecteur dès les premières lignes de ce roman. Et au début, on craint le pire, c’est-à-dire qu’on redoute le roman style « Rebecca ». Mais très vite, on comprend qu’il va être question d’autre chose.


Nella, jeune fille de 18 ans, arrive dans la demeure de l’homme qu’elle a épousé un mois plus tôt. Il n’est pas là pour l’accueillir. La sœur de son époux, Marin, et deux domestiques, Cornélia et Otto, vont lui faire comprendre les règles de la maison. Elle mènera un combat acharné pour tenter de gagner sa place au sein de cette demeure dirigée d’une poigne de fer par sa belle-sœur. Mariée pour se sauver de la faillite financière familiale, elle ne rencontre son mari que quelques semaines plus tard. Elle qui souhaite devenir une femme dans tous les sens du terme éprouve une certaine frustration devant un mari qui la fuit et ne la touche jamais. En dépit de ce désintérêt et de cette froideur, il lui offre en cadeau de mariage une maison de poupées, un « cabinet ».

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Petit à petit, elle va recevoir de la part d’un (ou d’une) miniaturiste des figurines représentant les meubles, les habitants et les animaux de la maison où elle vit. Ces figurines sont criantes de réalisme, au point de lui inspirer de la peur, voire de la terreur. Surtout quand elle s’aperçoit que ces figurines évoluent au fil des événements et qu’elles annoncent à l’avance les tragédies de la maison pour qui sait regarder les poupées avec attention. Et le roman plonge dans une part d’irrationnel ou dans l’imaginaire de cette jeune femme.

Quel est le but réel de cet artiste en façonnant des reproductions des scènes de la vie de Nella ? Est-ce une voyante ? Quels sont ses messages ? Au point de se demander si cette miniaturiste ne serait pas Nella elle-même ? Au fil des pages, le mystère s’épaissit et l’atmosphère devient quasiment oppressante. Et le lecteur tourne les pages pour connaître la suite.

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Pour apprécier ce livre, il faut accepter cette part d’irrationnel qui vient se heurter au puritanisme d’Amsterdam au 17ème siècle. La cité flamande vit alors sous le joug de la bigoterie des bien-pensants d’une ville industrieuse et superstitieuse où chacun observe l’autre pour mieux le détruire à la première occasion. Cette ville qui noyait les « sodomites » et qui interdisait la production de poupées ou de figurines.

Outre les relations familiales ou commerciales, il est également question de la condition de la femme dans ce roman. Dans cet univers protestant où la femme est complètement inexistante dans la vie sociale, son seul rôle est une fonction reproductrice pour assurer la lignée des riches commerçants. Nella bouscule les codes de l’époque en prenant sa vie de femme en mains ainsi que la vie de ceux qui l’entourent. Elle prend la défense de son époux et s’improvise négociatrice en sucre. Elle jette toutes ses forces pour sauver sa famille de la tragédie qui les engloutit tous.

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Un bémol pour moi avec la fin du roman qui me laisse perplexe. Serait-elle bâclée ? J’aurais souhaité en savoir plus sur ce ou cette miniaturiste, en savoir plus sur le destin de Nella après avoir traversé une telle tempête. Mais puisque l’auteur fait appel à l’imaginaire du lecteur au fil des pages, c’est peut-être la volonté de l’auteur de nous laisser envisager le destin de cette jeune femme.

Jessie Burton est un auteur britannique et Miniaturiste est son premier roman. Elle a mis quatre ans pour rédiger ce texte. Elle s’est inspirée de la maison de poupée de Pétronella Oortman (1656 – 1716) exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam.

A noter que le titre anglais est The miniaturist. En Français le titre a perdu son article défini, sans doute pour mieux entretenir le mystère sur l’identité de cette personne ?

 

♦    Agnès    ♦


Miniaturiste, Jessie Burton
Editions Folio
528 pages
8,20€

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